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charafantar
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Islamique-Dialecticien, pour le cultuREL, sans jamais tomber dans le cultuEL...grâce à Dieu !
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09.11.2007
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Qu'est-ce que le Hamas?

Qu'est-ce que le Hamas?

Posté le 29.01.2008 par charafantar
GEOPOLITIQUE


Qu'est-ce que le Hamas?

Faute de savoir à coup sûr où il va, le Hamas sait d'où il vient. Son nom, qui signifie zèle ou ferveur, est l'acronyme de Haraqat al-Muqawama al-Islamiya, Mouvement de la résistance islamique, fondé le 14 décembre 1987, soit cinq jours après le déclenchement de la première Intifada. La date de naissance n'a rien de fortuit: il s'agit pour ses parrains de «coller» à un soulèvement dont la soudaineté prend tout le monde à revers, y compris les caciques nationalistes de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), alors exilés à Tunis. L'éruption de la «guerre des pierres» hâte la mue d'un courant piétiste qui, loin de croiser le fer avec l'occupant israélien, borna longtemps son action à la prédication et aux œuvres sociales. Logique: le Hamas apparaît comme l'héritier du chapitre palestinien des Frères musulmans, confrérie fondée dans les années 1920 en Egypte par Hassan al-Banna et qui mise sur l'islamisation des sociétés arabes «par la base», condition préalable à l'accession au pouvoir. C'est d'ailleurs au Caire qu'un étudiant nommé Ahmed Yassine, futur guide spirituel du mouvement, rallie la nébuleuse des «Frères». En 1971, à son retour dans la bande de Gaza, occupée par Israël depuis la guerre des Six Jours (juin 1967) après une longue tutelle égyptienne, il fonde le Rassemblement islamique, puis, onze ans plus tard, le Majd el-Moudjahiddin (Gloire des combattants), dont l'émergence annonce un durcissement du combat pour la conversion et la patrie. Ses activistes s'écharpent volontiers avec les «laïcards» du Fatah de Yasser Arafat et peuvent fort bien donner l'assaut au siège du Croissant-Rouge palestinien pour en déloger le président, Haïdar Abdel Chafi, réputé procommuniste. Ironie de l'histoire: promu porte-parole de la délégation jordano-palestinienne lors de la conférence de Madrid (1991), celui-ci fustigera, des décennies plus tard, l' «ostracisme» d'Arafat envers les islamistes.

Bientôt, le quiétisme des anciens s'incline devant l'appel du Djihad, reflet d'une vision islamo-nationaliste qui s'assigne une mission de reconquête territoriale: celle de «toute la Palestine», entre le Jourdain et les rives de la Méditerranée. Un signe: créées dès 1989, les brigades (kataeb) Ezzedine al-Kassam doivent leur nom à un héros de la révolte arabe de 1936, fauché par les balles des soldats de la puissance mandataire, la Grande-Bretagne. Le premier fait d'armes de l'aile armée du Hamas? L'enlèvement et l'assassinat de deux soldats israéliens en 1992.

Très vite, les brigades délaissent les raids et embuscades ciblés, dirigés contre les hommes de Tsahal et les colons juifs, pour s'enfoncer, avec la bénédiction du cheikh tétraplégique Ahmed Yassine, dans la spirale infernale du terrorisme aveugle. «Simples ripostes aux tueries des sionistes», arguent ses disciples. Plus tard viendra le temps des volées de roquettes artisanales Kassam, confectionnées dans des ateliers clandestins et lâchées sur des localités de l'Etat hébreu voisines de Gaza.

Le premier attentat suicide revendiqué sera perpétré en 1994 dans un bus d'Afula, quarante jours après le massacre, par le colon fanatique Baruch Goldstein, de 29 fidèles musulmans en prière dans la mosquée d'Hébron (Cisjordanie). Depuis, les kamikazes du Hamas ont causé la mort de près de 400 civils israéliens. L'efficacité meurtrière des brigades doit beaucoup à leur modus operandi: des cellules restreintes, cloisonnées, autonomes, qui frappent en fonction d'instructions assez évasives pour leur laisser le choix de la cible, du moment, des «martyrs» et de l'engin de mort.

Le raz de marée vert du 25 janvier a surpris par son ampleur. Reste que les élections municipales antérieures, étalées sur douze mois à compter de décembre 2004, avaient annoncé la couleur. Au prix parfois d'alliances inattendues - ici un notable en rupture de ban, là une chrétienne - le Hamas a partout taillé des croupières à la vieille garde du Fatah. Deux Palestiniens sur cinq vivent aujourd'hui dans des villes ou des villages administrés par les «Frères». C'est bien le dénouement de ces scrutins locaux, reflet d'un enracinement robuste, qui a convaincu le Hamas de descendre dans l'arène législative, rompant ainsi avec la doctrine qui récusait toutes les institutions nées d'Oslo. Les ressorts de la percée ont été amplement décryptés. Maints électeurs ont avant tout voulu sortir les sortants, châtier une Autorité qui en détenait d'autant moins que le décès de Yasser Arafat, le 11 novembre 2004, l'avait privée de l'aura du patriarche. L'icône n'est plus là pour apaiser la colère que suscitent la corruption, l'incurie, le clientélisme, le mépris des humbles, la brutalité de services de sécurité intouchables ou l'anarchie croissante dans une bande de Gaza livrée aux gangs rivaux. Mais il y eut pire: l'impuissance du président Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, et des siens face au fardeau de la misère et du chômage, leur incapacité à arracher à Israël des concessions, donc à hâter par la négociation l'avènement d'un Etat de Palestine digne de ce nom.

Par contraste, le Hamas cueille les fruits, mûris des décennies durant, de son quadrillage caritatif et social. Dispensaires, cliniques, crèches, écoles, soutien scolaire, cours du soir, ateliers informatiques, clubs sportifs, camps d'été: du berceau au linceul, il s'est engouffré dans les brèches d'une Autorité laminée par l'occupation. Combien de déshérités, las de se voir éconduits par des bureaucrates dédaigneux, ont trouvé chez les «Frères» une écoute, un pécule, des soins ou des vivres? Probité, efficacité, intransigeance: voilà le credo de militants certes intègres, mais nullement désintéressés. Sur fond de statu quo désespérant, voire de régression, le radicalisme du Hamas, cet Etat dans le non-Etat, lui a aussi valu maints ralliements. Les accords et les palabres ne mènent nulle part; face à l' «ennemi sioniste», seule la lutte armée paie... La propagande maison attribue ainsi le démantèlement des colonies juives de la bande de Gaza et le retrait unilatéral de Tsahal, achevé en septembre 2005, à l'héroïque abnégation de la résistance.

Quelle marge de manœuvre?

Mû par la foi, le dépit ou la rage, l'électorat du Hamas n'est nullement homogène. Le futur chahid - martyr - y côtoie l'étudiante démocrate écœurée par l'arrogance ou la cupidité des barons du Fatah. Le vieux paysan traditionaliste y croise l'électronicien diplômé réduit au chômage faute de piston et qui voit dans la mosquée un refuge. Seul le noyau dur des fidèles appelle de ses vœux l'instauration d'une théocratie rigoriste. Déjà, on sent poindre chez les adeptes du vote sanction une angoisse. «Je n'ai pas plus envie d'un émirat islamique que d'une dictature corrompue», confie l'un d'eux. Et si le parlement ordonnait demain à toutes les «sœurs» le port du hidjab, le foulard islamique que les mairies Hamas s'abstiennent pour l'heure d'imposer? S'il légalisait la polygamie? S'il bannissait la musique profane, le cinéma et le théâtre, arts futiles? S'il repeignait en vert les programmes scolaires? S'il étendait aux non-musulmans l'interdit de l'alcool? S'il faisait de la charia - la loi coranique - la source essentielle du droit? Certes, les leaders du mouvement ne font pas mystère de leur volonté de purifier la société palestinienne de ses «déviances». Mais on les voit mal dégainer d'emblée les cimeterres du djihad moral, au risque de s'aliéner des élites peu enclines à l'ascétisme. Les «sœurs» éprises de liberté ont toutefois du souci à se faire: lancée le 9 janvier, Al-Aqsa TV, chaîne pour le moins militante, n'emploie pour l'heure que des journalistes mâles, dans l'attente de la construction d'un studio réservé aux consœurs. Le Hamas n'a pas le monopole de la bigoterie? Soit. Mais le maire islamiste de Kalkilya a censuré, voilà peu, un spectacle de danse; il n'y a plus une salle de cinéma à Gaza, des charges explosives y ont pulvérisé récemment un club des Nations unies, ultime refuge des buveurs de bière et de scotch; des miliciens de la vertu traquent les couples illégitimes sur les plages de la bande et des incendies providentiels dévastent les cybercafés.

Le nerf de la guerre est aussi celui de la guerre sainte. D'où vient l'argent qui huile les rouages de la machine? Les largesses de l'Irakien Saddam Hussein, dictateur déchu, n'ont plus cours: lui versait 25 000 dollars aux familles des kamikazes. De même, en inscrivant le Hamas sur la liste des organisations terroristes, Washington puis l'Union européenne ont tari quelques circuits bancaires et gelé plus d'un compte suspect. Enfin, les bouclages répétés des territoires palestiniens assèchent le flux de cash alimenté par les salaires perçus en Israël. Mais les caisses du mouvement ne sonnent pas creux pour autant. L'Iran, la Syrie ou l'Arabie saoudite les garnissent par le truchement de fondations ou de donateurs prétendument privés. Et des Palestiniens plus ou moins fortunés font l'appoint, aidés en cela par les cousins de la diaspora, qu'ils soient établis en Jordanie, au Liban ou en Occident.

«L'islam est la solution!» Le slogan électrise les foules, mais résiste mal à l'épreuve du réel. Les versets du Coran n'arracheront pas les deux tiers du 1,3 million de Gaziotes au dénuement dans lequel ils végètent, pas plus qu'ils ne saperont le «mur de séparation» qui encage les Palestiniens de Cisjordanie. Et les cerveaux du Hamas le savent. Voilà pourquoi, conscients du pouvoir d'érosion de la gestion quotidienne, ils tentent d'embarquer le Fatah dans le rafiot dont ils tiennent désormais la barre. Que faire, en solitaire, d'un triomphe trop massif et trop précoce?

Là encore, il serait hasardeux de réduire le Hamas à un appareil monolithique et unanimiste. Des divergences de fond ont souvent opposé la direction politique en exil, établie en Jordanie puis à Damas (Syrie), aux cadres de l'intérieur. Au risque du simplisme, on peut distinguer une mouvance «modérée», disposée à transiger sur les dogmes, et un courant jusqu'au-boutiste, qu'incarnent notamment les stratèges militaires d'Ezzedine al- Kassam. En dépit du recours récurrent au terrorisme, considéré comme un impératif tactique, la première tend à prévaloir. Quand il souscrit à une hudna - trêve des attentats - ou à une tahdia - période d'accalmie - le Hamas s'y tient, à la différence des Brigades des martyrs d'al-Aqsa, nébuleuse de gangs armés issue du Fatah. Si la dernière hudna en date a pris fin voilà un mois, sa reconduction tacite paraît acquise. Discipliné, le mouvement n'a en rien entravé le «désengagement» israélien de Gaza et s'est abstenu de riposter aux provocations de Mohammed Dahlan, super- flic du Fatah résolu à torpiller les élections. Quand, à la veille du scrutin, un porte-flingue de Dahlan abat un colleur d'affiches du Hamas, le mouvement ne bronche pas, mais adresse au caïd ce message: «Si tu parviens à tes fins, on te le fera payer très cher.» Hier blasphématoire, le principe d'une négociation, directe ou indirecte, avec Israël est admis. Il en va de même pour les contours du futur - et hypothétique - Etat palestinien. Bien sûr, il convient de jurer qu'on ne «renoncera jamais à la lutte armée ni à un arpent de la Palestine islamique». Mais, au-delà des incantations, le défunt cheikh Ahmed Yassine avait théorisé le compromis territorial, validé par l'OLP dès 1974: il est licite d'accepter, à ce stade, l'établissement à côté d'Israël d'une Palestine souveraine limitée à la bande de Gaza et à la Cisjordanie, avec Jérusalem pour capitale, et de laisser aux «générations futures» le soin de trancher. Le lexique islamiste recèle en la matière des trésors d'inventivité: on évoque une reconquête par «phases» ou par «étapes»; une «trêve de longue durée», au terme indéfini, devient envisageable dès lors qu'Israël libère les prisonniers et avalise le droit au retour des réfugiés. C'est ainsi qu'il faut entendre le fameux «pragmatisme» - concept fourre-tout - du Hamas: une aptitude rare, et très coranique, à louvoyer entre les écueils sans renier le cap. Si son royaume est bien de ce monde, son rapport au temps le distingue de ses rivaux laïques. Le calendrier importe peu. Seul compte le dénouement.

Les héritiers de cheikh Yassine font preuve d'un sens aigu de la realpolitik. Soucieux de polir leur image à l'étranger, ils ont sollicité - pour 150 000 euros - l'expertise d'un conseiller en communication. Verdict du spin doctor local: abstenez-vous de prôner la destruction d'Israël, de professer la haine des juifs, de célébrer les attentats suicides et de roussir vos barbes au henné.

Quel avenir pour le Fatah?

Sur la planète centrale de la galaxie OLP, les vendanges d'hiver auront été amères. La débâcle du 25 janvier sonne le glas d'un quasi-monopole. Elle jette aussi une lumière crue sur de profondes fissures que Yasser Arafat avait, de son vivant, tout à la fois creusées et masquées. Pour preuve, les manifestations hostiles à Mahmoud Abbas et à la direction du Fatah qui ont éclaté, dès le lendemain du fiasco électoral, dans les camps de réfugiés de Gaza, à Ramallah et sous les fenêtres du président de l'Autorité. Le message était double et limpide. Primo, les pontes du parti, indignes de l'héritage de l'idole au keffieh, doivent s'effacer. Secundo, pas question de pactiser avec les ennemis du Hamas au sein d'un gouvernement d'union nationale. Sur ce point au moins, les foules furieuses et les caciques vacillants s'accordent. Le comité central du Fatah exclut pour l'heure de donner corps au «partenariat politique» offert par le Hamas, condamnant celui-ci à envisager un cabinet de «technocrates». Vous avez gagné? Débrouillez-vous! Certes, les accords de paix furent signés par l'OLP et la «politique extérieure» de l'Autorité - en clair, le bras de fer avec Israël - relève des prérogatives du raïs Abbas, résolu à assumer son mandat jusqu'au bout (2009) et à «poursuivre dans la voie d'un règlement pacifique et négocié». Nul doute que les nouveaux maîtres du parlement lui laisseront volontiers les rênes d'un dialogue que leur pedigree leur interdit d'assumer. En revanche, Abou Mazen aura du mal à convaincre sa base, révoltée, de la nécessité de perpétuer un jeu de dupes dont l'échec a, selon elle, coûté si cher dans les urnes.

Les accrochages armés survenus à Khan Younes, dans la nuit du 27 au 28 janvier (neuf blessés) l'attestent: l'appareil du Fatah peine à digérer sa déroute. Et l'on voit mal les chefaillons des services de sécurité ou les Martyrs d'al-Aqsa se mettre docilement au service d'un cabinet Hamas. D'autant que les empoignades passées ont laissé des traces. Contraint de sévir par Israël, Washington ou son instinct de survie, Arafat, jadis compagnon de route des Frères musulmans égyptiens, a parfois muselé rudement ses procureurs islamistes. Certains n'ont d'ailleurs quitté les «geôles sionistes» que pour croupir dans les cachots de l'Autorité. «Celle-ci a fait de son mieux pour anéantir le Hamas et le Djihad islamique», confiait à L'Express Mahmoud Zahar, bras droit d'Ahmed Yassine, après les rafles massives et théâtrales de 1996. Etait-ce pour la galerie? Le vieux cheikh en fauteuil roulant sera placé lui-même à trois reprises en résidence surveillée. Aujourd'hui, le chef d'état-major de Tsahal, Dan Haloutz, redoute une guerre ouverte entre les vaincus et leurs tombeurs.

Lors de son «mercredi noir», le Fatah a avant tout payé cash des divisions que la fusion, in extremis, de deux listes rivales, l'une officielle, l'autre dissidente, n'a nullement effacées. De même, le prestige de Marwan Barghouti, figure de proue détenue en Israël, n'aura pas suffi à endiguer la marée verte (lire l'article Barghouti, de l'isolement à l'isoloir).

Que peut faire Israël?

L'Etat hébreu a semblé, lui aussi, pris au dépourvu par la razzia législative du Hamas. Ce n'est que le 2 janvier, trois semaines avant le scrutin, qu'une équipe d'experts du Shin Bet (Sécurité intérieure), des renseignements militaires et des Affaires étrangères, animée par Dov Weissglass, confident d'Ariel Sharon, a entrepris de plancher sur un tel scénario. Depuis le séisme, le Premier ministre par intérim, Ehud Olmert, s'en tient à ce mantra: Israël ne négocie pas avec un pouvoir dont une composante appelle à sa destruction et recourt à la terreur armée. Le Hamas doit donc neutraliser ses miliciens, expurger sa charte et s'engager à respecter les accords antérieurs à son irruption. Quant à ses députés, qu'ils n'espèrent pas la moindre immunité… Les faits, bien entendu, démentent le discours. Les contacts noués à l'échelon local n'ont pas été rompus. En Cisjordanie, l' «administration civile» de Tsahal discute des dossiers techniques avec les édiles estampillés Hamas, dès lors qu'ils ne sont pas recherchés pour terrorisme. On débat avec la mairie de Kalkiliya de la préservation d'une nappe phréatique que partage la ville israélienne de Kfar Saba. Pas question de couper ou de restreindre la fourniture d'eau ou d'électricité. Même si Israël annonce le gel du remboursement à l'Autorité des taxes douanières prélevées ce mois de janvier sur les biens importés à Gaza et en Cisjordanie.

Sur le registre politique, les premiers échanges datent… des années 1970. Prêt à tout pour saper l'assise de l'OLP, l'Etat juif avait alors favorisé l'émergence d'un courant fondamentaliste dont l'apolitisme apparent rassurait. Au point de donner son agrément au Rassemblement islamique d'Ahmed Yassine ou de lui fournir des locaux. Plus tard, des messages, certes sans lendemain, circuleront entre Mahmoud Zahar et Shimon Peres, alors chef de la diplomatie israélienne, puis Itzhak Rabin. Dès 1993, des ambassadeurs européens en poste à Amman jouent un rôle discret d'entremetteurs, tandis qu'un officiel américain de rang moyen y rencontre des émissaires du cheikh Yassine. Professeur à l'Université islamique de Gaza, vivier de l'élite du Hamas, Salah Bardawi affirme avoir rencontré, voilà trois mois, un émissaire du Britannique Tony Blair, venu le sonder clandestinement.

Ismaïl Haniyeh

43 ans, placé à la tête de la liste «Changement et réforme». Ancien directeur de cabinet d'Ahmed Yassine, il a notamment joué un rôle clef dans l'adhésion du Hamas à la hudna - trêve des attentats - conclue en février 2005 et vit dans une modeste maison du camp de réfugiés de Chatti (bande de Gaza). Réputé «modéré», non dénué d'humour, ouvert à la critique, Haniyeh soutient néanmoins que l'on peut siéger au Conseil législatif palestinien sans abandonner pour autant la lutte armée. Populaire dans les rangs du Fatah.


Depuis l'éruption de l'Intifada d'Al-Aqsa, à l'automne 2000, l'intransigeance d'Israël a renforcé l'emprise du mouvement sur les territoires occupés. Rien de tel, pour élargir l'audience des fossoyeurs d'un «processus de paix» moribond, que de miner l'Autorité conçue à Oslo et de récuser son président d'alors, reclus dans les ruines du QG de Ramallah. Les bouclages, l'essor des colonies juives, les incursions punitives lancées au lendemain d'attentats suicides atroces ou de tirs de roquettes Kassam... Autant de coups de boutoir qui valident, aux yeux de maints Palestiniens, le nihilisme des Frères. Quant aux assassinats plus ou moins «ciblés», souvent décidés en représailles aux carnages des bombes humaines, ils ont sans nul doute ébranlé le Hamas, mais aussi décuplé l'aura des leaders visés, rescapés ou non, hâté l'avancement des boutefeux et suscité des centaines de vocations de chahid. En août 2003, on «liquide» ainsi Ismaïl Abou Shanab, n° 3 du Hamas et avocat de la coexistence avec Israël. Suivront Ahmed Yassine, foudroyé le 22 mars 2004 par le missile d'un hélicoptère d'attaque. Puis, moins d'un mois plus tard, son successeur, Abdelaziz al-Rantissi. Ultime évidence: en affichant à l'heure du vote leur préférence pour le Fatah, Israël et son parrain américain ont contribué à sceller sa défaite.

Un scrutin législatif peut en cacher un autre. Le verdict du 25 janvier pèsera lourd sur celui du 28 mars, date du renouvellement anticipé de la Knesset, le Parlement israélien. Propice à la surenchère, il obscurcit l'horizon de Kadima, le parti centriste créé ex nihilo par Ariel Sharon en novembre 2005, et desserre le garrot qui étranglait un Likoud réduit par les défections à son aile la plus droitière. Ravi de l'aubaine, le patron de ce néo-Likoud, Benyamin Netanyahu, s'est empressé de brandir le spectre du «Hamastan, succursale iranienne et clone des taliban afghans, rançon des errements défaitistes» de l'équipe Sharon. Laquelle, longtemps hésitante, n'a guère brillé par sa cohérence: peut-on avaliser l'irruption du Hamas sur le terrain électoral et lui dénier, dès lors qu'il l'emporte, le droit de gouverner? Les faucons misent donc sur l'islamisme radical, allié objectif, pour prendre leur envol. En 1996, le même Netanyahu avait soufflé la victoire à Shimon Peres au lendemain d'une vague d'attentats sanglants, déclenchée pour venger la liquidation au téléphone piégé de l' «ingénieur» Yehia Ayache, artificier en chef du Hamas. Cinq ans plus tard, Sharon détrônera le travailliste sortant, Ehud Barak, sur fond d'Intifada à balles réelles. Quel que soit le visage de la prochaine Knesset, la poussée islamiste aura renforcé, y compris à gauche, les partisans de l'unilatéralisme: faute de partenaire acceptable, agissons selon nos intérêts. Il faudra pourtant bien tenir compte de l'opinion. Selon un sondage publié dès le 27 janvier par le quotidien Yediot Aharonot, 48% des Israéliens préconisent la poursuite du dialogue avec une Autorité aux couleurs du Hamas.

Quel impact dans le monde arabo-musulman?

L'onde de choc a d'abord touché l'Egypte, près de deux mois après la percée historique des Frères musulmans, mouvement interdit mais toléré, titulaire désormais de 88 des 444 sièges du Parlement. Envolée d'autant plus significative que les stratèges maison avaient pris soin de ne parrainer qu'un nombre limité de candidats. Le président, Hosni Moubarak, craint sans le dire que Washington et l'Union européenne n'établissent un dialogue avec le Hamas. Comment, dès lors, les dissuader de faire de même avec les Frères d'Egypte? Réélu en septembre 2005, Moubarak, qui tient à préserver son statut de médiateur régional, a déjà invité les héritiers du cheikh Yassine à se rendre au Caire, où Khaled Mechaal, patron de la direction politique en exil, séjourna maintes fois à la faveur de «discussions interpalestiniennes» visant à instaurer une trêve des attentats. Les analystes des bords du Nil prédisent que la victoire du Hamas, reflet de l' «exaspération croissante» des opinions arabes envers des régimes sclérosés et corrompus, «bouleversera la donne de l'islam politique». Irak, Arabie saoudite, Egypte, Palestine: là où se tiennent des élections dignes de ce nom, avance un analyste du quotidien cairote Al-Ahram, les islamistes apparaissent comme la seule solution de rechange au pouvoir en place. «Il n'y a plus de troisième voie, qu'elle soit socialiste, nationaliste panarabe ou libérale.» Mentors du Hamas comme du Hezbollah libanais, l'Iran et la Syrie ont certes tout lieu de se réjouir. Reste que Damas, où la coterie alaouite que dirige Bachar el-Assad joue sa survie, paraît condamné à la retenue. L'Iran? Le président Mahmoud Ahmadinejad, disciple zélé de l'imam Khomeini, prétend ranimer l'idéal initial de la république islamique: l'exportation de la révolution. Mais un tel rêve se heurte en Palestine à divers obstacles: l'autonomie des «protégés» palestiniens, la méfiance des Arabes sunnites à l'égard du chiisme persan et les réticences d'une société ouverte et pluraliste vis-à-vis d'un modèle théocratique dont l'insuccès en Iran même est patent.

Que devient le «Great Middle East» cher à George Bush?

En commentant les nouvelles sombres de Palestine dans la minuscule salle de presse de la Maison-Blanche, Bush a arboré sa mine des mauvais jours, ressassant avec entêtement son credo des democratic elections: «C'est un réveil pour le Fatah. Lorsque vous donnez à des gens l'occasion de s'exprimer par le vote et qu'ils sont mécontents du statu quo, ils vous le font savoir. Il y a quelque chose de sain dans un système qui vous permet de faire cela.» La suite de ses propos a donné un avant-goût du casse-tête politico-diplomatique à venir. Ses mises en garde contre des «partis politiques qui veulent détruire [son] allié, Israël», son souhait de voir retiré un tel objectif de leur programme ont moins sonné comme un ultimatum que comme un vœu pieux ou une supplique humiliante. Ils résument, aux yeux des réalistes, le piège dans lequel son administration devra dorénavant se débattre: rejeter le résultat des élections reviendrait à nier le credo de la démocratie pour tous; transiger avec le gouvernement du Hamas signifierait renoncer à sa croisade antiterroriste mondiale. Un dilemme qui, selon Leslie Gelb et le cortège des détracteurs du néoconservatisme, ouvre une nouvelle période «de confusion et d'hypocrisie» de la politique étrangère américaine.

Khaled Mechaal

48 ans, tenu pour le chef de file du clan des durs. Cofondateur du Hamas, il en anime la direction politique établie à Damas. Lui-même vit entre la Syrie, le Liban et le Qatar. En septembre 1997, dans une rue d'Amman (Jordanie), deux agents du Mossad israélien injectent à Mechaal un poison mortel. Furieux, le roi Hussein somme Ariel Sharon, alors ministre du Commerce et de l'Industrie, de fournir l'antidote en échange du rapatriement du tandem d'exécuteurs. Autre rançon du fiasco: la libération du cheikh Yassine, condamné par Israël à la prison à vie en 1989.


Leslie Gelb est le président du prestigieux think tank Council on Foreign Relations de New York, ancien ponte du département de la Défense sous Johnson et chroniqueur respecté des stratégies internationales américaines. Il appartient à la mouvance «réaliste» des analystes de politique étrangère. Il prône, comme en son temps Bush père, le maintien des grands équilibres politiques régionaux et une réforme prudente et graduelle des régimes du Moyen-Orient, critiquant franchement la «croisade de liberté» entreprise par les néoconservateurs américains et l'administration Bush. Cette fois, les débats n'ont plus cours: «Vous saviez bien, vous-même, que le Fatah était pourri jusqu'à l'os et provoquait depuis des années la rage de son peuple, grince Leslie Gelb. Tout le monde le savait! Sauf, semble-t-il, l'administration Bush, qui, alors qu'elle en avait les moyens, n'a jamais exercé sur l'Autorité palestinienne de pressions suffisantes pour que cette dernière fournisse à sa population un minimum de confort.» D'où un constat amer: «Il est dangereux, poursuit-il, de promouvoir des élections démocratiques dans un lieu où la démocratie n'existe pas, où aucune politique à long terme n'a préparé les terrains politique, économique et institutionnel. Au contraire de la Corée du Sud ou de Taïwan, où des progrès ont précédé l'établissement d'une démocratie élective.» Gelb, muselé, comme beaucoup de diplomates du département d'Etat, par les consignes d'optimisme venues de la Maison-Blanche, n'a jamais nié les «chances de l'extrémisme pur d'emporter systématiquement des élections contre des régimes corrompus». Ni, d'ailleurs, été assez naïf pour croire que les extrémistes se modèrent lorsqu'ils accèdent au pouvoir par la grâce des urnes: «Regardez Hitler! Regardez Chavez ou les islamistes en Algérie! Et ne me donnez pas l'IRA en exemple. Cette dernière est arrivée aux urnes au terme de négociations, après avoir modéré ses positions.»

Il ne fait aucun doute que des contacts seront maintenus par la bande avec le nouveau gouvernement palestinien. Remèdes de fortune, complexes et biscornus, exigés par l'urgence après des années d'absence américaine dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Les propos de Condoleezza Rice, secrétaire d'Etat américaine, s'adressant par visioconférence au public du Forum de Davos, quelques minutes après avoir convoqué une réunion du quartet du Moyen-Orient (Etats-Unis, ONU, Russie et Union européenne), résumaient les incertitudes à venir: «Les Palestiniens ont apparemment voté pour le changement, mais nous croyons que leur aspiration à vivre en paix reste inchangée.»

La passion américaine pour la tenue d'élections libres au Moyen-Orient contraste avec le visible désengagement des Etats-Unis du terrain du développement et de la construction d'institutions stables. A l'inverse de l'Europe. Le credo de la démocratisation prôné par les néoconservateurs est annulé par l'allergie de George Bush et de Dick Cheney pour le nation building, en raison d'un antiétatisme viscéral et d'un refus du dirigisme économique qui obèrent toute politique de développement et de stabilisation socio-politique. En Irak, à la veille de la prise de Bagdad, l'un des seuls plans d'après guerre concoctés par les managers de Washington concernait la... privatisation des écoles publiques irakiennes. En Palestine, sur 400 millions de dollars versés chaque année par les Etats-Unis au gouvernement du Fatah, moins de 2 millions ont servi à des projets directement pilotés par leurs bailleurs de fonds américains pour contenter les électeurs avant les élections. Dans certains cas, ces travaux de voirie, d'assainissement ou d'équipement de collectivités locales n'ont pas même été commencés. Laissant au Hamas la haute main sur l'aide sociale et les projets de construction nationale.


Vincent Hugeux, avec Benjamin Barthe (Ramallah),
Philippe Coste (New York)
Tangi Salaün (Le Caire)



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alah
Posté par brahim le 11.06.2008
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