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Posté le 01.05.2008 par charafantar

Avant le XXe siècle
Du 17e au 3e siècle avant l'ère chrétienne, cette terre est occupée par des tribus sémites proches des Hébreux.
En 312 avant l'ère chrétienne, le roi gréco-égyptien, Ptolémée II, occupe Amman. Ensuite, cette terre fait l'objet de différentes occupations dont la plus récente est celle de l'empire ottoman du 16e siècle jusqu'au début du 20e siècle.
La première guerre mondiale et la création de la Transjordanie
À l'aube de la Première Guerre mondiale, l'empire ottoman exerce son contrôle sur la Syrie, la Palestine, le Liban et l'Irak. La France conserve des liens commerciaux et sentimentaux avec la Syrie. Lorsque la guerre se déclenche, l'empire ottoman se range aux côtés de l'Allemagne. Quand, en 1915, les troupes de Jamal Pasha s'approchent dangereusement du Canal de Suez, le gouvernement de Londres prend conscience du caractère hautement stratégique de cette position et de l'intérêt de contrôler les régions méditerranéennes du Proche-Orient arabe. Il va trouver auprès des tribus arabes, désireuses de se libérer du joug ottoman, des alliées de taille. Par ailleurs, une lutte sourde s'installe entre les deux alliés France et Royaume-Uni pour le contrôle de la région. De l'équilibre de ces pouvoirs va naître la Transjordanie.
1916
S'appuyant sur le sentiment nationaliste arabe et sur le chef des hachémites de la Mecque, Hussein de la Mecque, les Britanniques vont pouvoir développer une attaque contre la partie proche-orientale de l'empire ottoman. Le résident général britannique au Caire, Henry Mac-Mahon, promet au chérif Hussein la création, après la guerre, d'un État arabe, allié du Royaume-Uni, et comprenant la péninsule arabique, la Palestine, la Syrie et la Mésopotamie.
10 juin 1916
Début de la révolte arabe, conseillée par l'officier britannique Thomas Edward Lawrence et dirigée par le prince Fayçal ibn Hussein, un fils du cherif Hussein.
Parallèlement, à Londres, Mark Sykes (pour le Royaume-Uni) et François Georges-Picot (pour la France) signent l'accord Sykes-Picot qui définit les futures zones d'influences française et britannique au Proche-Orient : la France se verrait attribuer la Syrie du Nord et le Liban, tandis que le Royaume-Uni établirait un protectorat sur la Mésopotamie et la Syrie du Sud.
2 novembre 1916
Le Chérif Hussein est proclamé roi du Hedjaz et est reconnu par la France, le Royaume-Uni et la Russie.
1917
En juillet 1917, les troupes de Fayçal reprennent Aqaba aux Ottomans. La Palestine se révolte et le général Allenby entre dans Jérusalem. En Europe, on se concerte sur le sort de la Palestine. Britanniques et Français sont favorables à une présence juive en Palestine mais sans décider de sa forme.
Le 2 novembre 1917, la déclaration Balfour se prononce en faveur d'un foyer national juif en Palestine.
1er octobre 1918
Les troupes britanniques et les troupes arabes pénètrent dans Damas.
Janvier 1919
Fayçal arrive en France pour défendre en vain auprès de la Conférence de la paix la création de l'État arabe promis à son père. Il signe à Londres l'Accord Fayçal-Weizmann de 1919 avec Chaim Weizmann, chef des sionistes, concédant la création d'un "foyer" pour les Juifs - non d'un État -, à condition que l'État arabe voit le jour.
28 juin 1919
Signature du traité de Versailles confirmant le partage d'influences franco-britanniques au Proche-Orient.
2 juillet 1919
Un congrès syrien rejette les accords franco-britanniques et la déclaration Balfour.
Juillet 1919
Une commission, mise en place par le président Wilson et dirigée par Henry Churchill King et Charles Crane, recommande le maintien d'un grand Liban autonome et alerte sur les dangers d'un État juif en Palestine (le projet sioniste présenté en février 1919 prévoyait un État juif comprenant la Palestine, la Transjordanie et le Liban).
7 mars 1920
Un congrès syrien nomme Fayçal roi de la grande Syrie, incluant la Palestine et le Liban.
25 mars 1920
La conférence de San Rémo confirme les accords franco-britanniques. La révolte syrienne est écrasée.
1921
Abdallah, un autre fils du chérif Hussein, devient émir de Transjordanie ; l'Arabie tombe entre les mains de l'émir de Nejd, Abdel Aziz Ibn Saoud. Faycal, chassé de Damas, est installé sur le trône de l'Irak.
Règne d'Abdallah (1921-1951)
1925
La Transjordanie s'agrandit. Ali, un autre fils du chérif Hussein, se joint à son frère et apporte le district de Maan et Aqaba.
1928
La Transjordanie est dotée d'une Constitution qui dote le pays d'un Parlement.
1939-1945
Durant la Seconde Guerre mondiale, la Transjordanie soutient l'armée britannique dans ses combats au Proche-Orient.
25 mai 1946
La Transjordanie gagne son indépendance, elle devient le Royaume hachémite de Jordanie et Abdallah devient roi.
Guerre israélo-arabe
Le 15 mai 1948, le Royaume-Uni met fin à son mandat en Palestine, laissant face-à-face Juifs et Arabes de Palestine. Les États arabes déclarent la guerre à l'État d'Israël. L'armée arabe est commandée par le roi Abdallah. Le 24 janvier 1949, le roi Abdallah annexe la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Mi-1949, la Jordanie signe un armistice avec Israël. Cette guerre conduit à une forte arrivée de réfugiés palestiniens en Jordanie, dont la population augmente ainsi de 50 %.
20 juillet 1951
Le roi Abdallah, désapprouvé pour son annexion de la Cisjordanie et les accords d'armistice, est assassiné à Jérusalem.
Règne de Talal (1950-1953)
Talal, son fils, malade, ne règne que trois ans et abdique en faveur de son fils Hussein,
le 2 mai 1953.
Règne du roi Hussein de Jordanie (1953-1999)
1967 : Guerre des Six Jours
Israël occupe le territoire de la Cisjordanie et la Jordanie accueille une nouvelle vague de déplacés.
Septembre 1970 : Septembre noir
Les tensions entre le roi Hussein et l'OLP sont telles que celui-ci décide d'envoyer l'armée pour éliminer toute trace de résistance palestinienne.
1973
Guerre de Kippour
24 octobre 1974
Hussein renonce à toute revendication sur la Cisjordanie et reconnait l'OLP comme seul représensant légitime du peuple palestinien.
31 octobre 1988
Rupture des liens administratifs avec la Cisjordanie.
Avril 1989
Crise économique et révolte dans le sud du pays.
Novembre 1989
Premières élections libres. Large succès des forces islamistes.
Novembre 1993
Les nouvelles élections confirment un recul de l'opposition et des islamistes.
25 Juillet 1994
Traité de paix israélo-jordanien
7 février 1999
Mort du roi Hussein
Règne du roi Abdallah II (1999 - )
Quelque temps avant sa mort, le Roi Hussein destitue son frère Hassan, héritier du trône depuis 1964 et confie le pays à son fils Abdallah II de Jordanie.
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Posté le 30.03.2008 par charafantar
A partir de ces thèmes, je compte en sortir des sujets de causerie, ou des notes de lecture.
Voici donc les 15 thèmes :
L’univers
Le système solaire
La terre
La préhistoire
La mythologie gréco-romaine
=========== HISTOIRE DU MONOTHEISME ===========
Le judaïsme (suivi de « les hébreux », « Moïse »)
Le christianisme (suivi de « protestantisme », « vierge Marie », « Jésus »)
L’islam ( suivi de « les mu’tazilites », « le soufisme », « Mohamed »,)
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Les croisades
Les rois et présidents de France
Les reines de France
Le moyen âge en France
Le monde
Les marchés intégrés mondiaux
Che Guevara
Posté le 14.03.2008 par charafantar

Marquis de Sade
Dieu, l'immortalité de l'âme et autre chimères …
( Extrait de " Histoire de Juliette, ou les prospérités du vice " )
Le premier dogme qui s'offre à moi, lorsqu'on me parle de religion, est celui de l'existence de Dieu : comme il est la base de tout l'édifice, c'est par son examen que je dois raisonnablement commencer.
Ô Juliette ! n'en doutons pas, ce n'est qu'aux bornes de notre esprit qu'est due la chimère d'un Dieu ; ne sachant à qui attribuer ce que nous voyons, dans l'extrême impossibilité d'expliquer les inintelligibles mystères de la nature, nous avons gratuitement placé au-dessus d'elle un être revêtu du pouvoir de produire tous les effets dont les causes nous étaient inconnues.
Cet abominable fantôme ne fut pas plus tôt envisagé comme l'auteur de la nature, qu'il fallut bien le voir également comme celui du bien et du mal. L'habitude de regarder ces opinions comme vraies, et la commodité que l'on y trouvait pour satisfaire à la fois la paresse et la curiosité, firent promptement donner à cette fable le même degré de croyance qu'à une démonstration géométrique ; et la persuasion devint si vive, l'habitude si forte, qu'on eut besoin de toute sa raison pour se préserver de l'erreur.
De l'extravagance qui admet un Dieu à celle qui le fait adorer, il ne devait y avoir qu'un pas : rien de plus simple que d'implorer ce que l'on craignait ; rien que de très naturel au procédé qui fait fumer l'encens sur les autels de l'individu magique que l'on fait à la fois le moteur et le dispensateur de tout. On le croyait méchant, parce que de très méchants effets résultaient de la nécessité des lois de la nature ; pour l'apaiser, il fallait des victimes : de là les jeûnes, les macérations, les pénitences, et toutes les autres imbécillités, fruits résultatifs de la crainte des uns et de la fourberie des autres ; ou, si tu l'aimes mieux, effets constants de la faiblesse des hommes, puisqu'il est certain que partout où il y en aura, se trouveront aussi des dieux enfantés par la terreur de ces hommes, et des hommages rendus à ces dieux, résultats nécessaires de l'extravagance qui les érige. Ne doutons pas, ma chère amie, que cette opinion de l'existence et du pouvoir d'un Dieu dispensateur des biens et des maux ne soit la base de toutes les religions de la terre. Mais laquelle préférer de toutes ces traditions ? Toutes allèguent des révélations faites en leur faveur, toutes citent des livres, ouvrages de leurs dieux, et toutes veulent exclusivement l'emporter l'une sur l'autre.
Pour m'éclairer dans ce choix difficile, je n'ai que ma raison pour guide, et dès qu'à son flambeau j'examine toutes ces prétentions, toutes ces fables, je ne vois plus qu'un tas d'extravagances et de platitudes qui m'impatientent et me révoltent.
Après avoir rapidement parcouru les absurdes idées de tous les peuples sur cette importante matière, je m'arrête enfin à ce qu'en pensent les juifs et les chrétiens. Les premiers me parlent d'un Dieu, mais ils ne m'en expliquent rien, ils ne m'en donnent aucune idée, et je ne vois sur la nature du Dieu de ce peuple que des allégories puériles, indignes de la majesté de l'être dans lequel on veut que j'admette le créateur de l'univers ; ce n'est qu'avec des contradictions révoltantes que le législateur de cette nation me parle de son Dieu, et les traits sous lesquels il me le peint sont bien plus propres à me le faire détester que servir. Voyant que c'est ce Dieu même qui parle dans les livres qu'on me cite pour me l'expliquer, je me demande comment il est possible qu'un Dieu ait pu donner de sa personne des notions si propres à le faire mépriser des hommes.
Cette réflexion me détermine à étudier ces livres avec plus de soin : que deviens-je, lorsque je ne puis m'empêcher de voir, en les examinant, que non seulement ils ne peuvent être dictés par l'esprit d'un Dieu, mais qu'ils sont même écrits très longtemps après l'existence de celui qui ose affirmer les avoir transmis d'après Dieu même ! Eh ! voilà donc comme on me trompe ! m'écriai-je au bout de mes recherches ; ces livres saints qu'on veut me donner comme l'ouvrage d'un Dieu ne sont plus que celui de quelques charlatans imbéciles, et je n'y vois, au lieu de traces divines, que le résultat de la bêtise et de la fourberie. Et, en effet, quelle plus lourde ineptie que celle d'offrir partout, dans ces livres, un peuple favori du souverain qu'il vient de se forger, annonçant à toutes les nations que ce n'est qu'à lui que Dieu parla ; que ce ne fut qu'à son sort qu'il put s'intéresser ; que ce n'est que pour lui qu'il dérange le cours des astres, qu'il sépare les mers, qu'il épaissit la rosée : comme s'il n'eût pas été bien plus facile à ce Dieu de pénétrer dans les cœurs, d'éclairer les esprits, que de déranger le cours de la nature, et comme si cette prédilection en faveur d'un petit peuple obscur, abject, ignoré, pouvait convenir à la majesté suprême de l'être auquel vous voulez que j'accorde la faculté d'avoir créé l'univers ?
Mais quelle que soit l'envie que j'aurais d'acquiescer à ce que ces livres absurdes m'apprennent, je demande si le silence universel de tous les historiens des nations voisines sur les faits extraordinaires qui y sont consignés, ne devrait pas suffire à me faire révoquer en doute les merveilles qu'ils m'annoncent. Que dois-je penser, je vous prie, lorsque c'est dans le sein du peuple même qui m'entretient si fastueusement de son Dieu que je trouve le plus d'incrédules ? Quoi ! ce Dieu comble son peuple de faveurs et de miracles, et ce peuple chéri ne croit pas à son Dieu ? Quoi ! ce Dieu tonne sur le haut d'une montagne avec l'appareil le plus imposant, il dicte sur cette montagne des lois sublimes au législateur de ce peuple, qui, dans la plaine, doute de lui, et des idoles s'élèvent dans cette plaine pour narguer le Dieu législateur tonnant sur la montagne ? Il meurt enfin, cet homme singulier qui vient d'offrir aux Juifs un Dieu si magnifique, il expire ; un miracle accompagne sa mort : tant de motifs vont pénétrer sans doute de la majesté de ce Dieu le peuple témoin de sa grandeur que ne doivent point admettre les descendants de ceux qui ont tout vu. Mais, plus incrédules que leurs pères, l'idolâtrie culbute en peu d'années les autels chancelants du Dieu de Moïse, et les malheureux Juifs opprimés ne se souviennent de la chimère de leurs ancêtres que quand ils recouvrent leur liberté.
De nouveaux chefs leur en parlent alors : malheureusement les promesses qu'ils leur font ne s'accordent pas avec les événements. Les Juifs, selon ces nouveaux chefs, devraient être heureux tant qu'ils seraient fidèles au Dieu de Moïse : jamais ils ne le respectèrent davantage, et jamais le malheur ne les opprima plus durement. Exposés à la colère des successeurs d'Alexandre, ils n'échappent aux fers de ceux-ci que pour retomber sous ceux des Romains, qui, las enfin de leur perpétuelle révolte, culbutent leur temple et les dispersent.
Et voilà donc comment leur Dieu les sert !
voilà comme ce Dieu, qui les aime, qui ne trouble qu'en leur faveur l'ordre sacré de la nature, voilà comme il les traite, voilà comme il leur tient ce qu'il leur a promis.
Ce ne sera donc plus chez les Juifs que je chercherai le Dieu puissant de l'univers ; ne rencontrant chez cette misérable nation qu'un fantôme dégoûtant, né de l'imagination exaltée de quelques ambitieux, j'abhorrerai le Dieu méprisable offert par la scélératesse, et je jetterai les yeux sur les chrétiens.
Que de nouvelles absurdités se présentent ici ! Ce ne sont plus les livres d'un fou sur une montagne qui doivent me servir de règles : le Dieu dont il s'agit maintenant s'annonce par un ambassadeur bien plus noble, et le bâtard de Marie est bien autrement respectable que le fils délaissé de Jochabed !
Examinons donc ce polisson : que fait-il, qu'imagine-t-il pour me prouver son Dieu ? quelles sont ses lettres de créance ? Des gambades, des soupers de putains, des guérisons de charlatans, des calembours et des escroqueries. Il est le fils du Dieu qu'il m'annonce, ce malotru qui ne sait pas même m'en parler et qui, dès ce jour, n'écrivit une ligne ; il est Dieu lui-même, je dois le croire dès qu'il l'a dit. Le coquin est pendu, qu'importe ? sa secte l'abandonne, tout cela est égal : c'est là, c'est là seul qu'est le Dieu de l'univers. Il n'a pu prendre racine que dans le sein d'une Juive, il n'a pu naître que dans une étable ; c'est par l'abjection, la pauvreté, l'imposture, qu'il doit me convaincre : si je n'y crois point, tant pis pour moi, d'éternels supplices m'attendent ! Vous voyez bien que tout cela peint un Dieu, et qu'il n'est pas un seul trait dans le tableau qui n'élève l'âme et ne la persuade ! Ô comble de contradiction ! c'est sur l'ancienne loi que la nouvelle loi s'étaye, et la nouvelle, cependant, anéantit l'ancienne.
Quelle sera donc la base de cette nouvelle ? Christ est donc à présent le législateur qu'il faut croire ? Lui seul va m'expliquer le Dieu qui me l'envoie ; mais si Moïse avait intérêt à me prêcher un Dieu dans lequel il prenait sa puissance, quel plus grand intérêt n'a pas le Nazaréen à me parler de Dieu dont il dit qu'il descend !
Certes, le législateur moderne en savait bien plus que l'ancien ; il suffisait au premier de causer familièrement avec son maître : le second est du même sang. Moïse, content de s'étayer des miracles de la nature, persuade à son peuple que la foudre ne s'allume que pour lui ; Jésus, bien plus adroit, fait le miracle lui-même ; et si tous deux méritent à jamais le mépris de leurs contemporains, il faut convenir au moins que le nouveau sut, avec plus de friponnerie, prétendre à l'estime des hommes ; et la postérité qui les juge en assignant à l'un une loge aux petites-maisons, ne pourra cependant s'empêcher de donner à l'autre une des premières places au gibet.
Tu vois, Juliette, dans quel cercle vicieux tombent les hommes, dès que leur tête s'égare sur ces inepties... La religion prouve le prophète, et le prophète, la religion.
Ce Dieu ne s'étant point encore montré, ni dans la secte juive, ni dans la secte bien autrement méprisable des chrétiens, je le cherche de nouveau, j'appelle la raison à mon secours, et je l'analyse elle-même, pour qu'elle me trompe moins.
Qu'est-ce que la raison ? C'est cette faculté qui m'est donnée par la nature de me déterminer pour tel objet et de fuir tel autre, en proportion de la dose de plaisir ou de peine reçue de ces objets : calcul absolument soumis à mes sens, puisque c'est d'eux seuls que je reçois les impressions comparatives qui constituent ou les douleurs que je veux fuir, ou le plaisir que je dois chercher. La raison n'est donc autre chose, ainsi que le dit Fréret, que la balance avec laquelle nous pesons les objets, et par laquelle, remettant sous le poids ceux qui sont éloignés de nous, nous connaissons ce que nous devons penser, par le rapport qu'ils ont entre eux, en telle sorte que ce soit toujours l'apparence du plus grand plaisir qui l'emporte.
Cette raison, enfin, tu le vois, dans nous comme dans les animaux qui en sont eux-mêmes remplis, n'est que le résultat du mécanisme le plus grossier et le plus matériel.
Mais comme nous n'avons point d'autre flambeau, ce n'est donc qu'au sien seul qu'il faut soumettre la foi impérieusement exigée par des fourbes pour des objets ou sans réalité, ou si prodigieusement vils par eux-mêmes, qu'ils ne sont faits que pour nos mépris. Or, le premier effet de cette raison est, tu le sens, Juliette, d'assigner une différence essentielle entre l'objet qui apparaît et l'objet qui est aperçu. Les perceptions représentatives d'un objet sont encore de différente espèce. Si elles nous montrent les objets comme absents et comme ayant été autrefois présente à notre esprit, c'est ce que nous appelons alors mémoire, souvenir. Si elles nous offrent les objets sans nous avertir de leur absence, c'est alors ce qu'on nomme imagination, et cette imagination est la vraie cause de toutes nos erreurs. Or, la source la plus abondante de ces erreurs vient de ce que nous supposons une existence propre aux objets de ces perceptions intérieures, et qu'ils existent séparément de nous, de même que nous les concevons séparément. Je donnerai donc, pour me faire entendre de toi, je donnerai, dis-je, à cette idée séparée, à cette idée née de l'objet qui apparaît, le nom d'idée objective, pour la différencier de celle qui est apparue, et que je nommerai réelle.
Il est très important de ne pas confondre ces deux genres d'existence ; on n'imagine pas dans quel gouffre d'erreurs on tombe, faute de caractériser ces distinctions. Le point divisé à l'infini, si nécessaire en géométrie, est dans la classe des existences objectives ; et les corps, les solides, dans celle des existences réelles.
Quelque abstrait que ceci te paraisse, ma chère, il faut pourtant me suivre, si tu veux arriver avec moi au but où je veux te conduire par mes raisonnements.
Observons d'abord ici, avant que d'aller plus loin, que rien n'est plus commun ni plus ordinaire que de se tromper lourdement entre l'existence réelle des corps qui sont hors de nous et l'existence objective des perceptions qui sont dans notre esprit.
Nos perceptions elles-mêmes sont distinguées de nous, et entre elles, autant qu'elles aperçoivent les objets présents, et leurs rapports, et les rapports de ces rapports. Ce sont des pensées, en tant qu'elles nous rapportent les images des choses absentes ; ce sont des idées, en tant qu'elles nous rapportent les images des objets qui sont en nous. Cependant toutes ces choses ne sont que des modalités, ou manières d'exister de notre être, qui ne sont pas plus distinguées entre elles ni de nous-mêmes que l'étendue, la solidité, la figure, la couleur, le mouvement d'un corps, le sont de ce corps. On a ensuite forcément imaginé des termes qui convinssent généralement à toutes les idées particulières qui étaient semblables ; on a nommé cause tout être qui produit quelque changement dans un autre être distingué de lui, et effet, tout changement produit dans un être par une cause quelconque. Comme ces termes excitent en nous au moins une image confuse d'être, d'action, de réaction, de changement, l'habitude de s'en servir a fait croire que l'on en avait une perception nette et distincte, et l'on en est venu enfin à imaginer qu'il pouvait exister une cause qui ne fût pas un être ou un corps, une cause qui fût réellement distincte de tout corps, et qui, sans mouvement et sans action, pût produire tous les effets imaginables.
On n'a pas voulu faire réflexion que tous les êtres, agissant et réagissant sans cesse les uns sur les autres, produisent et souffrent en même temps des changements ; la progression intime des êtres qui ont été successivement cause et effet a bientôt fatigué l'esprit de ceux qui veulent absolument trouver la cause dans tous les effets : sentant leur imagination épuisée par cette longue suite d'idées, il leur a paru plus court de remonter tout d'un coup à une première cause, qu'ils ont imaginée comme la cause universelle, à l'égard de laquelle les causes particulières sont des effets, et qui n'est,
elle, l'effet d'aucune cause.
Voilà le Dieu des hommes, Juliette ; voilà la sotte chimère de leur débile imagination. Tu vois par quel enchaînement de sophismes ils sont venus à bout de la créer ; et, d'après la définition particulière que je t'ai donnée, tu vois que ce fantôme, n'ayant qu'une existence objective, ne saurait être hors de l'esprit de ceux qui le considèrent, et n'est par conséquent qu'un pur effet de l'embrasement de leur cerveau.
Voilà pourtant le Dieu des mortels, voilà l'être abominable qu'ils ont inventé, et dans les temples duquel ils ont fait couler tant de sang !
Si je me suis étendue, poursuivit Mme Delbène, sur les différences essentielles entre les existences réelles et les existences objectives, c'est, tu le vois, ma chère, parce qu'il était urgent que je te démontrasse les variétés qui se trouvent dans les opinions pratiques et spéculatives des hommes, et que je te fisse voir qu'ils donnent une existence réelle à beaucoup de choses qui n'ont qu'une existence spéculative : or, c'est au produit de cette existence spéculative que les hommes ont donné le nom de Dieu.
S'il ne résultait de tout cela que de faux raisonnements, l'inconvénient serait médiocre ; mais malheureusement on va plus loin : l'imagination s'enflamme, l'habitude se forme, et l'on s'accoutume à considérer comme quelque chose de réel ce qui n'est l'ouvrage que de notre faiblesse.
On ne s'est pas plus tôt persuadé que la volonté de cet être chimérique est cause de tout ce qui nous arrive, que l'on emploie tous les moyens de lui être agréable, toutes les façons de l'implorer.
Que de plus mûres réflexions nous éclairent, et, ne nous déterminant sur l'adoption d'un Dieu que d'après ce qui vient d'être dit, persuadons-nous que toute l'idée de Dieu ne pouvant se présenter à nous que d'une manière objective, il ne peut résulter d'elle que des illusions et des fantômes.
Quelques sophismes qu'allèguent les partisans absurdes de la divinité chimérique des hommes, ils ne vous disent autre chose, sinon qu'il n'y a point d'effet sans cause ; mais ils ne vous démontrent pas qu'il faille en revenir à une première cause éternelle, cause universelle de toutes les causes particulières, et qui soit elle-même créatrice, et indépendante de toute autre cause. Je conviens que nous ne comprenons pas la liaison, la suite et la progression de toutes les causes ; mais l'ignorance d'un fait n'est jamais un motif suffisant pour en croire ou déterminer un autre. Ceux qui veulent nous persuader l'existence de leur abominable Dieu osent effrontément nous dire que, parce que nous ne pouvons assigner la véritable cause des effets, il faut que nous admettions nécessairement la cause universelle. Peut-on faire un raisonnement plus imbécile ? Comme s'il ne valait pas mieux convenir de son ignorance que d'admettre une absurdité ; ou comme si l'admission de cette absurdité devenait une preuve de son existence. L'aveu de notre faiblesse n'a nul inconvénient, sans doute ; l'adoption du fantôme est remplie d'écueils contre lesquels nous ne ferons que heurter si nous sommes sages, mais où nous nous briserons si nos têtes s'exaltent : et les chimères échauffent toujours.
Accordons, si l'on veut, un instant, à nos antagonistes l'existence du vampire qui fait leur félicité. Je leur demande, dans cette hypothèse, si la loi, la règle, la volonté par laquelle Dieu conduit les êtres, est de même nature que notre volonté et que notre force, si Dieu, dans les mêmes circonstances, peut vouloir et ne pas vouloir, si la même chose peut lui plaire et lui déplaire, s'il ne change pas de sentiment, si la loi par laquelle il se conduit est immuable. Si c'est elle qui le conduit, il ne fait que l'exécuter : de ce moment, il n'a aucune puissance. Cette loi nécessaire, qu'est-elle alors elle-même ? est-elle distincte de lui ou inhérente à lui ? Si, au contraire, cet être peut changer de sentiment et de volonté, je demande pourquoi il en change.
Assurément, il lui faut un motif, et un bien plus raisonnable que ceux qui nous déterminent, car Dieu doit l'emporter sur nous en sagesse, comme il nous surpasse en prudence ; or, ce motif peut-il s'imaginer sans altérer la perfection de l'être qui y cède ? Je vais plus loin : si Dieu sait d'avance qu'il changera de volonté, pourquoi, dès qu'il peut tout, n'a-t-il pas arrangé les circonstances de manière à ce que cette mutation toujours fatigante, et prouvant toujours de la faiblesse, ne lui devînt nullement nécessaire ? et s'il l'ignore, qu'est-ce qu'un Dieu qui ne prévoit pas ce qu'il doit faire ? S'il le prévoit, et qu'il ne puisse se tromper, comme il faut le croire pour avoir de lui une idée convenable, il est donc arrêté, indépendamment de sa volonté, qu'il agira de telle ou telle façon : or, qu'est-elle, cette loi que sa volonté suit ? où est-elle ! d'où tire-t-elle sa force !
Si votre Dieu n'est pas libre, s'il est déterminé à agir en conséquence des lois qui le maîtrisent, alors c'est une force semblable au destin, à la fortune, que des vœux ne toucheront point, que des prières ne fléchiront point, que des offrandes n'apaiseront pas davantage, et qu'il vaut mieux mépriser éternellement qu'implorer avec aussi peu de succès.
Mais si, plus dangereux, plus méchant et plus féroce encore, votre exécrable Dieu a caché aux hommes ce qui devenait nécessaire à leur bonheur, son projet n'était donc pas de les rendre heureux ; il ne les aime donc pas, il n'est donc alors ni juste ni bienfaisant. Il me semble qu'un Dieu ne doit rien vouloir que de possible, et il ne l'est pas que l'homme observe des lois qui le tyrannisent ou qui lui sont inconnues.
Ce vilain Dieu fait encore plus : il hait l'homme pour avoir ignoré ce qu'on ne lui a point appris ; il le punit pour avoir transgressé une loi inconnue, pour avoir suivi des penchants qu'il ne tient que de lui seul.
Ô Juliette ! s'écria mon institutrice, puis-je concevoir cet infernal et détestable Dieu autrement que comme un tyran, un barbare, un monstre, auquel je dois toute la haine, tous les courroux, tout le mépris que mes facultés physiques et morales peuvent exhaler à la fois !
Ainsi, vînt-on même à bout de me démontrer... de me prouver l'existence de Dieu ; dût-on réussir à me convaincre qu'il a dicté des lois, qu'il a choisi des hommes pour les attester aux mortels ; me fît-on voir que le plus harmonieux accord règne dans toutes les relations qui viennent de lui : rien ne pourrait me prouver que je lui plais en suivant ses lois, car, s'il n'est pas bon, il peut me tromper, et ma raison, qui ne vient que de lui, ne me rassurera pas, puisqu'il peut alors ne me l'avoir donnée que pour mieux me précipiter dans l'erreur.
Poursuivons. Je vous demande maintenant, ô déistes, comment ce Dieu, que je veux bien admettre un moment, se conduira vis-à-vis de ceux qui n'ont aucune connaissance de ses lois. Si Dieu punit l'ignorance invincible de ceux auxquels ses lois n'ont pu être annoncées, il est injuste ; s'il ne peut les en instruire, il est impuissant.
Il est certain que la révélation des lois de l'Éternel doit porter des caractères qui prouvent le Dieu dont elles émanent or, de toutes les révélations qui nous sont parvenues, je demande laquelle porte ce caractère aussi évident qu'indispensable. C'est donc par la religion même que se détruit le Dieu qu'annonce la religion : or, que deviendra cette religion, quand le Dieu qu'elle établit n'aura plus d'existence que dans la tête des sots !
Que les connaissances humaines soient réelles ou fausses, peu importe au bonheur de la vie : il n'en est pas de même en matière de religion. Lorsque les hommes ont une fois réalisé les objets imaginaires qu'elle présente, ils se passionnent pour ces objets ; ils se persuadent que ces fantômes qui voltigent dans leur esprit existent réellement, et, de ce moment, rien ne peut plus les retenir. Chaque jour, nouveaux sujets de trembler : tels sont les uniques effets produite en nous par l'idée dangereuse d'un Dieu. C'est cette idée seule qui cause les maux les plus cuisante de la vie de l'homme ; c'est elle qui le contraint à la privation des plus doux plaisirs de la vie, dans la frayeur de déplaire à ce fruit dégoûtant de son imagination en délire. Il faut donc, mon aimable amie, se délivrer le plus tôt possible des terreurs que cette chimère inspire ; et pour cela, sans doute, il ne faut que porter la faux sur l'idole, il ne faut que la pulvériser d'un bras ferme.
L'idée que les prêtres veulent nous donner de la divinité n'est autre chose que celle d'une cause universelle, et de laquelle toutes les autres sont des effets. Les imbéciles, auxquels ces imposteurs se sont adressés, ont cru qu'une telle cause existait... pouvait exister séparément des effets particuliers qu'elle produit, comme si les modalités d'un corps pouvaient être séparées de ce corps, comme si la blancheur étant une des qualités de la neige, il était possible de séparer d'elle cette qualité. Les modifications quittent-elles les corps qu'elles modifient ! Eh bien ! votre Dieu n'est qu'une modification de la matière perpétuellement en action par son essence : cette action que vous croyez pouvoir en séparer, cette énergie de la matière, voilà votre Dieu. Examinez maintenant, sots adorateurs d'un tel être, de quel hommage il peut être digne !
Ceux qui ne font produire à la première cause que le mouvement local des corps, et qui donnent à nos esprits la force de se déterminer, bornent étrangement cette cause et lui ôtent son universalité, pour la réduire à ce qu'il y a de plus bas dans la nature, c'est-à-dire à l'emploi de remuer la matière. Mais comme tout est lié dans la nature, que les sentiments spirituels produisent des mouvements dans les corps vivants, que les mouvements des corps excitent des sentiments dans les âmes, on ne peut avoir recours à cette supposition pour établir ou pour défendre le culte religieux.
Nous ne voulons qu'en conséquence de la perception des objets qui se présentent à nous ; les perceptions ne nous viennent qu'à l'occasion du mouvement excité dans nos organes : donc la cause du mouvement est celle de notre volonté. Si cette cause ignore l'effet que produira le mouvement en nous, quelle idée indigne d'un Dieu ! S'il le sait, il en est complice, et il y consent ; si, le sachant, il n'y consent pas, il est donc forcé de faire ce qu'il ne veut pas ; il y a donc quelque chose de plus puissant que lui : donc il est contraint de suivre des lois. Comme nos volontés sont toujours suivies de quelques mouvements, Dieu est par conséquent obligé de concourir avec notre volonté : il est donc dans le bras du parricide, dans le flambeau de l'incendiaire, dans le con de la prostituée. Dieu n'y consent-il pas, le voilà moins fort que nous, le voilà contraint à nous obéir. Donc, quelque chose que l'on dise, il faut avouer qu'il n'y a point de cause universelle ; ou si vous voulez absolument qu'il y en ait une, il faut que nous convenions qu'elle consent à tout ce qui nous arrive et ne veut jamais autre chose ; il faut que vous avouiez encore qu'elle ne peut aimer ni haïr aucun des êtres particuliers qui émanent d'elle, parce que tous lui obéissent également, et que, d'après cela, les mots de peines, de récompenses, de lois, de défenses, d'ordre, de désordre, ne sont que des mots allégoriques, tirés de ce qui se passe parmi les hommes.
Si l'on n'est pas obligé de regarder Dieu comme un être essentiellement bon, comme un être qui aime les hommes, on peut croire qu'il a voulu les tromper. Ainsi, quand même tous les prodiges sur lesquels se fondent ceux qui prétendent connaître les lois qu'il a révélées à quelques hommes seraient véritables, comme tout nous confirme que c'est un être injuste, inhumain, nous n'avons pas d'assurance qu'il n'ait pas fait ces prodiges exprès pour nous tromper, et rien ne nous autorise à croire que l'observation la plus stricte de ses lois puisse jamais me rendre son ami. S'il ne punit pas ceux qui ont observé ces lois, leur observance devient inutile ; et comme cette observance est pénible, votre Dieu, en la promulguant, s'est à la fois rendu coupable d'inutilité et de méchanceté : je vous demande dès lors si c'est là un être digne de nos hommages.
Ces lois, d'ailleurs, n'ont rien de respectable : elles sont absurdes, contraires à la raison, elles répugnent au moral, affligent le physique ; ceux qui les annoncent les violent à tout moment ; et s'il est quelques individus dans le monde qui s'avisent d'y ajouter foi, scrutons avec soin leur esprit : nous les reconnaîtrons bientôt pour des imbéciles. Veux-je approfondir les preuves de ce fatras de mystères et de lois dictées par ce Dieu ridicule, je ne les trouve appuyées que sur des traditions confuses, incertaines, et toujours victorieusement combattues par les adversaires.
Disons-le avec vérité : de toutes les religions établies parmi les hommes, il n'en est aucune qui puisse légitimement l'emporter sur l'autre ; pas une qui ne soit remplie de fables, de mensonges, de perversités, et qui n'offre à la fois les dangers les plus imminente, à côté des contradictions les plus palpables. Des fous veulent-ils établir leurs rêveries, ils appellent les miracles à leur secours : d'où il résulte que, toujours dans le même cercle, à présent c'est le miracle qui prouve la religion, tandis que tout à l'heure la religion prouvait le miracle. Encore s'il n'en était qu'une qui pût s'étayer de prodiges : mais toutes en citent, toutes en offrent. Et le beau cygne de Léda Vaut bien le pigeon de Marie.
Si, néanmoins, tous ces miracles étaient vrais, il résulterait nécessairement que Dieu aurait permis qu'il en fût fait pour les fausses religions comme pour les bonnes, et que, d'après cela, l'erreur ne le toucherait guère plus que la vérité. Ce qu'il y a de plaisant, c'est que chaque secte est également persuadée de la réalité de ses prodiges. Si tous sont faux, on doit en conclure que des nations entières ont pu croire des prodiges supposés : donc sur le chapitre des prodiges, la persuasion vive d'une nation entière n'en prouve pas la vérité. Mais il n'y a aucun de ces faits dont on puisse autrement prouver la vérité que par la persuasion de ceux qui les croient maintenant : donc il n'y en a aucun dont la vérité soit suffisamment établie ; et comme ces prodiges sont les seuls moyens par lesquels on puisse nous obliger à croire une religion, nous devons conclure qu'il n'en est aucun de prouvé, et les regarder comme l'ouvrage du fanatisme, de la fourberie, de l'imposture et de l'orgueil.
- Mais, interrompis-je ici, s'il n'y a ni Dieu, ni religion, qui gouverne donc l'univers ?
- Ma chère amie, reprit Mme Delbène, l'univers est mû par sa propre force, et les lois éternelles de la nature, inhérentes à elle-même, suffisent, sans une cause première, à produire tout ce que nous voyons ; le mouvement perpétuel de la matière explique tout : quel besoin de supposer un moteur à ce qui est toujours en mouvement ? L'univers est un assemblage d'êtres différents qui agissent et réagissent mutuellement et successivement les uns sur les autres ; je n'y découvre aucune borne, je n'y aperçois seulement qu'un passage continuel d'un état à un autre, par rapport aux êtres particuliers qui prennent successivement plusieurs formes nouvelles, mais je ne crois point une cause universelle, distinguée de lui, qui lui donne l'existence et qui produise les modifications des êtres particuliers qui le composent : j'avoue même que j'y vois absolument tout le contraire, et que je crois l'avoir démontré. Ne nous inquiétons donc nullement de mettre quelque chose à la place des chimères, et n'admettons jamais comme cause de ce que nous ne comprenons pas quelque chose que nous comprenons encore moins.
Après t'avoir démontré l'extravagance du système déifique, poursuivit cette charmante femme, je n'aurai pas grand-peine, sans doute, à détruire en toi les préjugés inculquée dès l'enfance sur le principe de notre vie. Est-il rien de plus extraordinaire en effet que la supériorité que les hommes s'arrogent sur les autres animaux ? Dès qu'on leur demande ce qui fonde cette supériorité : Notre âme, répondent-ils imbécilement. Les prie-t-on d'expliquer ce qu'ils entendent par ce mot : âme ? Oh ! pour lors, vous les voyez balbutier, se contredire : C'est une substance inconnue, disent-ils ; c'est une force secrète distinguée de leur corps ; c'est un esprit dont ils n'ont nulle idée. Demandez-leur comment cet esprit, qu'ils supposent, comme leur Dieu, totalement privé d'étendue, a pu se combiner avec leur corps étendu et matériel, ils vous diront qu'ils n'en savent rien, que c'est un mystère, que cette combinaison est l'effet de la toute. puissance de Dieu. Voilà les idées nettes que l'imbécillité se forme de sa substance cachée, ou plutôt imaginaire, dont elle a fait le mobile de toutes ses actions.
A cela je ne réponds qu'une chose : si l'âme est une substance essentiellement différente du corps et qui ne peut avoir aucune relation avec lui, leur union est une chose impossible ; d'ailleurs cette âme, étant d'une essence différente du corps, devrait nécessairement agir d'une façon différente de lui ; cependant nous voyons que les mouvements éprouvée par les corps se font sentir à cette âme prétendue, et que ces deux substances, diverses par leur essence, agissent toujours de concert. Vous nous direz encore que cette harmonie est un mystère, et moi je vous répondrai que je ne vois pas mon âme, que je ne connais et ne sens que mon corps, que c'est le corps qui sent, qui pense, qui juge, qui souffre, qui jouit, et que toutes ses facultés sont des résultats nécessaires de son mécanisme et de son organisation.
Quoique les hommes soient dans l'impossibilité de se faire la moindre idée de leur âme, quoique tout leur prouve qu'ils ne sentent, ne pensent, n'acquièrent des idées, ne jouissent et ne souffrent que par le moyen des sens ou des organes matériels du corps, ils se persuadent pourtant que cette âme inconnue est exempte de mort. Mais, en supposant même l'existence de cette âme, dites-moi, je vous prie, si l'on peut s'empêcher de reconnaître qu'elle dépend totalement du corps, et qu'elle subit conjointement avec lui toutes les vicissitudes qu'il éprouve lui-même. Et cependant on porte l'absurdité jusqu'à croire qu'elle n'a, par sa nature, rien d'analogue à lui ; on veut qu'elle puisse agir et sentir sans le secours de ce corps ; en un mot, on prétend que, privée de ce corps et dégagée des sens, cette âme sublime pourra vivre pour souffrir, éprouver le bien-être ou sentir des tourments rigoureux.
C'est sur un pareil tas d'absurdités conjecturales que l'on bâtit l'opinion merveilleuse de l'immortalité de l'âme.
Si je demande quels motifs on a de supposer l'âme immortelle, on me répond aussitôt : C'est que l'homme, par sa nature, désire d'être immortel. Mais, répliquerai-je, votre désir devient-il une preuve de son accomplissement ? Par quelle étrange logique ose-t-on décider qu'une chose ne peut manquer d'arriver, seulement parce qu'on la souhaite ? Les impies, continue-t-on, privés des espérances flatteuses d'une autre vie, désirent d'être anéantis. Eh bien ! ne sont-ils pas autant autorisés à conclure, d'après ce désir, qu'ils seront anéantis, que vous vous prétendez autorisée à conclure, vous, que vous existerez simplement parce que vous le désirez ?
Ô Juliette, poursuivait cette femme philosophe avec toute l'énergie de la persuasion, ô ma chère amie, n'en doute pas, nous mourons tout entiers, et le corps humain, après que la Parque a coupé le fil, n'est plus qu'une masse incapable de produire les mouvements dont l'assemblage constituait la vie. On n'y voit plus alors ni circulation, ni respiration, ni digestion, ni parole, ni pensée. On prétend que, pour lors, l'âme s'est séparée du corps ; mais dire que cette âme, qu'on ne connaît point, est le principe de la vie, c'est ne rien dire, sinon qu'une force inconnue est le principe caché de mouvements imperceptibles. Rien de plus naturel et de plus simple que de croire que l'homme mort n'est plus ; rien de plus extravagant que de croire que l'homme mort est encore en vie.
Nous rions de la simplicité de quelques peuples dont l'usage est d'enterrer des provisions avec les morts : est-il donc plus absurde de croire que les hommes mangeront après la mort, que de s'imaginer qu'ils penseront, qu'ils auront des idées agréables ou fâcheuses, qu'ils jouiront, qu'ils souffriront, qu'ils éprouveront du repentir ou de la joie, lorsque les organes, propres à leur porter des sensations ou des idées, seront une fois dissous et réduits en poussière ? Dire que les âmes humaines seront heureuses ou malheureuses après la mort, c'est prétendre que les hommes pourront voir sans yeux, entendre sans oreilles, goûter sans palais, flairer sans nez, toucher sans mains, etc. Des nations qui se croient très raisonnables adoptent pourtant de pareilles idées.
Le dogme de l'immortalité de l'âme suppose que l'âme est une substance simple, en un mot, un esprit : mais je demanderai toujours ce que c'est qu'un esprit.
- On m'a appris, répondis-je à Mme Delbène, qu'un esprit était une substance privée d'étendue, incorruptible, et qui n'a rien de commun avec la matière.
- Mais si cela est, reprit avec vivacité mon institutrice, comment ton âme naît-elle, s'accroît-elle, se fortifie-t-elle, se dérange-t-elle, vieillit-elle, dans les mêmes proportions que ton corps ?
A l'exemple de tous les sots qui ont eu les mêmes principes, tu me répondras que tout cela sont des mystères. Mais, imbéciles que vous êtes, si ce sont des mystères, vous n'y comprenez donc rien, et si vous n'y comprenez rien, comment pouvez-vous décider affirmativement une chose dont vous êtes incapables de vous former aucune idée ? Pour croire ou pour affirmer quelque chose, il faut au moins savoir en quoi consiste ce que l'on croit et ce que l'on affirme. Croire à l'immortalité de l'âme, c'est dire que l'on est persuadé de l'existence d'une chose dont il est impossible de se former aucune notion véritable, c'est croire à des mots saris y pouvoir attacher aucun sens ; affirmer qu'une chose est telle qu'on la dit, c'est le comble de la folie et de la vanité.
Que de théologiens sont d'étranges raisonneurs ! Dès qu'ils ne peuvent deviner les causes naturelles des choses, ils inventent des causes surnaturelles, ils imaginent des esprits, des dieux, des causes occultes, des agents inexplicables, ou plutôt des mots bien plus obscurs que les choses qu'ils s'efforcent d'expliquer. Demeurons dans la nature quand nous voudrons nous rendre compte des effets de la nature ; ne nous écartons jamais d'elle quand nous voudrons expliquer ses phénomènes ; ignorons les causes trop déliées pour être saisies par nos organes, et soyons persuadés qu'en sortant de la nature nous ne trouverons jamais la solution des problèmes que la nature nous présente.
Dans l'hypothèse même de la théologie, c'est-à-dire en supposant un moteur tout-puissant à la matière, de quel droit les théologiens refuseraient-ils à leur Dieu de donner à cette matière la faculté de penser ! Lui serait-il plus difficile de créer ces combinaisons de matière dont résultât la pensée, que des esprits qui pensent ? Au moins, en supposant une matière qui pensât, nous aurions quelques notions du sujet de la pensée ou de ce qui pense en nous ; tandis qu'en attribuant la pensée à un être immatériel, il nous est impossible de nous en faire la moindre idée.
On nous objecte que le matérialisme fait de l'homme une pure machine, ce que l'on juge très déshonorant pour l'espèce humaine ; mais cette espèce humaine sera-t-elle bien plus honorée, quand on dira que l'homme agit par les impulsions secrètes d'un esprit ou d'un certain je ne sais quoi qui sert à l'animer sans qu'on sache comment ?
Il est aisé de s'apercevoir que la supériorité que l'on donne à l'esprit sur la matière, ou à l'âme sur le corps, n'est fondée que sur l'ignorance où l'on est de la nature de cette âme, tandis que l'on est plus familiarisé avec la matière ou le corps, que l'on s'imagine connaître et dont on croit démêler les ressorts ; mais les mouvements les plus simples de nos corps sont, pour tout homme qui les médite, des énigmes aussi difficiles à deviner que la pensée.
L'estime que tant de gens ont pour la substance spirituelle ne paraît avoir pour motif que l'impossibilité où ils se trouvent de la définir d'une manière intelligible ; le peu de cas que nos théologiens font de la matière ne vient que de ce que la familiarité engendre le mépris. Lorsqu'ils nous disent que l'âme est plus excellente que le corps, ils ne nous disent rien, sinon que ce qu'ils ne connaissent aucunement doit être bien plus beau que ce dont ils ont quelques faibles idées.
On nous vante sans cesse l'utilité du dogme de l'autre vie ; on prétend que, quand même ce serait une fiction, elle serait avantageuse, parce qu'elle en imposerait aux hommes et les conduirait à la vertu. A cela je demande s'il est bien vrai que ce dogme rende les hommes plus sages et plus vertueux. J'ose affirmer, au contraire, qu'il ne sert qu'à les rendre fous, hypocrites, méchants, atrabilaires, et qu'on trouvera toujours plus de vertus, plus de mœurs chez les peuples qui n'ont aucune de ces idées, que chez ceux où elles font la base des religions. Si ceux qui sont chargés d'instruire et de gouverner les hommes avaient eux-mêmes des lumières et des vertus, ils les gouverneraient bien mieux par des réalités que par des chimères ; mais fourbes, ambitieux, corrompus, les législateurs ont partout trouvé plus court d'endormir les nations par des fables que de leur enseigner des vérités... que de développer leur raison, que de les exciter à la vertu par des motifs sensibles et réels... que de les gouverner enfin d'une façon raisonnable.
Ne doutons pas que les prêtres aient eu leurs motifs, pour imaginer la fable ridicule de l'immortalité de l'âme : eussent-ils, sans ces systèmes, mis les mourants à contribution ? Ah ! si ces dogmes épouvantables d'un Dieu... d'une âme qui nous survit, ne sont d'aucune utilité pour le genre humain, convenons qu'ils sont au moins de la plus grande nécessité pour ceux qui se sont chargés d'en infecter l'opinion publique.
- Mais objectai-je à Mme Delbène, le dogme de l'immortalité de l'âme n'est-il pas consolant pour les malheureux ? quand ce serait une illusion, n'est-elle pas douce, n'est-elle pas agréable ? n'est-ce pas un bien pour l'homme que de croire qu'il pourra se survivre à lui-même, et jouir quelque jour au ciel d'un bonheur qui lui est refusé sur la terre ?
- En vérité, me répondit mon amie, je ne vois pas que le désir de tranquilliser quelques malheureux imbéciles vaille la peine d'empoisonner des millions d'honnêtes gens. Est-il raisonnable d'ailleurs de faire de ses souhaits la mesure de la vérité ? Ayez un peu plus de courage, consentez à la loi générale, résignez-vous à l'ordre du destin dont les décrets sont qu'ainsi que tous les êtres, vous retombiez dans le creuset de la nature pour en sortir sous d'autres formes. Car, dans le fait, rien ne périt dans le sein de cette mère du genre humain ; les éléments qui nous composent se réuniront bientôt sous d'autres combinaisons ; un laurier perpétuel croit sur le tombeau de Virgile. Cette transmigration glorieuse n'est-elle pas, sots déistes, aussi douce que votre alternative de l'enfer ou du paradis ? Car si ce dernier est consolant, on m'avouera que l'autre est affreux. Ne dites-vous pas, imbéciles chrétiens, qu'il faut, pour se sauver, des grâces que votre Dieu n'accorde qu'à très peu de gens ? Certes, voilà des idées fort consolantes ; et ne vaut-il pas mieux cent fois être anéanti que de brûler éternellement ?
Qui osera donc soutenir, d'après cela, que l'opinion qui débarrasse de ces craintes ne soit mille fois plus agréable que l'incertitude où nous laisse l'admission d'un Dieu qui, maître de ses grâces, ne les donne qu'à ses favoris, et qui permet que tous les autres se rendent dignes des supplices éternels ? Il n'y a que l'enthousiasme ou la folie qui puisse faire préférer un système évident qui tranquillise à des conjectures improbables qui désespèrent.
- Mais que deviendrai-je ? dis-je encore à Mme Delbène ; cette obscurité m'effraye, cet éternel anéantissement m'effarouche.
- Et qu'étais-tu, je te prie, avant que de naître ? me répondit cette femme pleine de génie. Quelques portions pleines de matière non organisée, n'ayant encore reçu aucune forme, ou en ayant reçu dont tu ne peux te souvenir. Eh bien ! tu redeviendras les mêmes portions de matière, prêtes à organiser de nouveaux êtres, dès que les lois de la nature le trouveront convenable. Jouissais-tu ? Non. Souffrais-tu ? Non. Est-ce donc là un état si pénible, et quel est l'être qui ne consentirait pas à sacrifier toutes ses jouissances à la certitude de n'avoir jamais de peines ? Que serait-il alors, s'il pouvait conclure ce marché ? Un être inerte, sans mouvement. Que sera-t-il après la mort ? Positivement la même chose.
A quoi sert-il donc de s'affliger, puisque la loi de la nature vous condamne positivement à l'état que vous accepteriez de bon cœur si vous en étiez le maître ? Eh ! Juliette, la certitude de n'être pas toujours est-elle plus désespérante que celle de n'avoir pas toujours été ? Va, va, tranquillise-toi, mon ange ; la frayeur de cesser d'être n'est un mal réel que pour l'imagination créatrice du dogme absurde d'une autre vie.
L'âme, ou, si l'on veut, ce principe actif... vivifiant, qui nous anime, qui nous meut, qui nous détermine, n'est autre chose que de la matière subtilisée à un certain point, moyen par lequel elle a acquis les facultés qui nous étonnent. Toutes les portions de matière, sans doute, ne seraient pas capables des mêmes effets ; mais combinées avec celles qui composent nos corps, elles en deviennent susceptibles, ainsi que le feu peut devenir flamme quand il est combiné avec des corps gras ou inflammables. L'âme, en un mot, ne peut être considérée que sous deux sens, comme principe actif et comme principe pensant ; or, sous l'un et sous l'autre rapport, nous allons la démontrer matière par deux syllogismes sans réplique. 1° Comme principe actif, elle se divise ; car le cœur conserve encore son mouvement longtemps après sa séparation d'avec le corps.
Or, tout ce qui se divise est matière ; l'âme, comme principe actif, se divise : donc elle est matière. 2° Tout ce qui périclite est matière ; ce qui serait essentiellement esprit ne saurait péricliter. Or, l'âme suit les impressions du corps : elle est faible dans l'âge tendre, affaissée dans l'âge décrépit ; elle éprouve donc les influences du corps ; cependant, tout ce qui périclite est matière : l'âme périclite, donc elle est matière.
Osons le dire et le redire sans cesse : rien d'étonnant dans le phénomène de la pensée, ou du moins rien qui prouve que cette pensée soit distincte de la matière, rien qui fasse voir que la matière, subtilisée ou modifiée de telle ou telle façon, ne puisse produire la pensée ; cela est infiniment moins difficile à comprendre que l'existence d'un Dieu. Si cette âme sublime était effectivement l'ouvrage de Dieu, pourquoi subirait-elle tous les différente changements ou accidents du corps ? Il me semble que, comme l'ouvrage de Dieu, cette âme devrait être parfaite, et c'est ne l'être pas que de se modifier à l'égal d'une matière aussi remplie de défauts. Si cette âme était l'ouvrage d'un Dieu, elle n'aurait pas besoin de sentir ni d'éprouver ses gradations ; elle ne le pourrait, ni ne le devrait ; elle se joindrait à l'embryon toute formée, et dès le berceau, Cicéron aurait pu composer ses Tusculanes, Voltaire son Alzire, etc. Si cela n'est pas ni ne peut être, l'âme observe donc les mêmes gradations que le corps. Elle a donc des parties, puisqu'elle croît, baisse, augmente ou diminue ; or, tout ce qui a des parties est matière : donc l'âme est matière, puisqu'elle est composée de parties. Convenons qu'il est absolument impossible que l'âme puisse exister sans le corps, et celui-ci sans l'autre.
Rien de merveilleux, au reste, dans l'empire absolu de l'âme sur le corps ; ce n'est qu'un même tout, composé de parties égales, j'en conviens, mais dans lequel néanmoins les parties grossières doivent être soumises aux parties subtiles, par la même raison de l'empire qu'a la flamme, qui est matière, sur la cire qu'elle consume, qui est également matière ; et voilà, comme dans nos corps, l'exemple de deux matières aux prises, dont la plus subtile domine la plus grossière.
En voilà plus qu'il ne t'en faut, Juliette, pour te convaincre, à ce que j'imagine, du néant de l'existence de Dieu et de celui du dogme de l'immortalité de l'âme. Quelle adresse dans ceux qui inventèrent ces deux monstrueux dogmes ! Et que n'entreprenait-on pas sur un peuple, en se disant les ministres d'un Dieu dont la haine ou l'amour était d'un si grand intérêt pour la vie future ! Quel crédit n'avait-on pas sur l'esprit de gens qui, redoutant des peines ou des récompenses futures, étaient obligés de recourir à ces fourbes, comme aux médiateurs d'un Dieu, seuls capables d'éviter les unes et de valoir les autres ! Toutes ces fables ne sont donc que le fruit de l'ambition, de l'orgueil et de la démence de quelques individus, nourries par l'absurdité de quelques autres, mais qui ne sont faites que pour nos mépris... que pour être éteintes... absorbées dans nous, au point de ne jamais reparaître.
Posté le 12.03.2008 par charafantar

Par Christian Marquant
Directeur du Centre international d'histoire religieuse (CIHR)
De prime abord, pour le public occidental, la Jordanie n'évoque pas l'univers biblique. Pourtant, si l'on visite le pays, on s'aperçoit que tout ou presque dans cette contrée en a la résonance. Le nom du pays d'abord, la Jordanie qui évoque le Jourdain, fleuve biblique par excellence, puis Amman qui rappelle Ammon et les Ammonites. Là c'est Wadi Musa qui parle de Moïse, ailleurs c'est Jérash qui rappelle la décapole et les miracles du Christ.
C'est enfin et surtout l'ensemble des paysages qui, plus que partout ailleurs, permet de retrouver l'atmosphère particulière de l'Ancien et du Nouveau Testament : en Jordanie, on se trouve au cœur du monde de la Bible. Trop souvent, lorsque l'on appréhende les textes sacrés, on ignore qu'ils présentent l'histoire d'hommes, de peuples qui ont un cadre de vie toujours existant avec ses montagnes, ses fleuves, ses villes et ses villages.
L'Exode
C'est avec l'Exode que débute l'histoire sainte de la Jordanie. Les historiens sont d'accord aujourd'hui pour admettre qu'à leur sortie d'Égypte et après une longue station dans l'oasis de Cades de la péninsule sinaïtique, une partie au moins des Hébreux sous la conduite de Moïse ont rejoint le pays de Canaan en passant par le sud de la mer Morte et la Transjordanie. Il est impossible de fixer d'une manière précise l'itinéraire réel de cet Exode qui fut sans doute, plus qu'un passage, une longue période de nomadisme aux chemins imprécis.
Cette méconnaissance des étapes de l'Exode a entraîné de la part des saints moines et des pieux musulmans, des tentatives, parfois sérieuses ou souvent fantaisistes, de localiser les épisodes de cette longue pérégrination. C'est ainsi qu'à Pétra notamment, tout le site résonne de pseudo-souvenirs bibliques. Ici, c'est la rivière de Moïse, là le trésor de Pharaon, ailleurs encore le château de sa fille.
Amon, Moab, Edom
Cent fois cités par la Bible, ces grands royaumes transjordaniens, rivaux de celui des Hébreux ne leur semblent pourtant pas étrangers. Aux plus lointaines sources de l'Ancien Testament, la Bible raconte l'origine des peuples de l'Orient, et ce n'est pas sans surprise que nous découvrons la proche parenté de ces anciennes populations de Transjordanie avec le peuple de Dieu.
Les traditions bibliques sont fermes sur la parenté de ces peuples avec la lignée d'Abraham. L'ancêtre d'Edom est Edom-Esaü, le frère jumeau de Jacob ; Amon et Moab sont issus de l'union de Lot avec ses filles, or Lot était le propre neveu d'Abraham.
Les rares témoignages épigraphiques que ces peuples ont laissés, nous indiquent qu'ils parlaient la même langue que les Israélites avec seulement quelques différences dialectales. La fameuse stèle du Mescha, conservée au musée du Louvre, illustre les guerres qui opposèrent au Ier millénaire avant notre ère les Moabites au royaume de Juda. Il est vraisemblable historiquement qu'ils aient fait partie du même mouvement de peuples que celui qui mena vers Canaan les tribus conduites par Moïse.
La voie royale
Il est encore une trace biblique toujours vivante, c'est la Voie Royale, parfois nommé aussi la Route des Rois qu'aujourd'hui comme hier, les visiteurs désireux d'une découverte de la Jordanie continuent d'utiliser pour se rendre d'Amman à Pétra. Combien savent que cette route des Rois existait déjà à l'époque de Moïse et que celui-ci tentait de l'utiliser sans succès lors de sa remontée vers Canaan ?
« Moïse envoya des messages à Sehon, roi des Amorrhéens, pour lui dire : « Laisse-moi passer par ton pays, nous ne nous écarterons ni dans les champs, ni dans les vignes et nous ne boirons pas l'eau du puits, nous suivrons la route Royale jusqu'à ce que nous ayons franchi ton territoire… » » (Nombres XXI, 21.)
Pourquoi cette route prit-elle le nom de Voie Royale ? Nul ne le sait exactement, certains diront que c'est parce qu'elle fut celle employée par les rois de l'Ancien Testament, d'autres parce qu'elle fut utilisée partiellement par Moïse, d'autres encore parce que la reine de Saba l'emprunta lors de sa visite au roi Salomon. « La reine de Saba, ayant appris la renommée de Salomon, vint pour l'éprouver par des énigmes. Elle vint à Jérusalem avec un équipage très considérable, des chameaux portant des aromates, de l'or en très grande quantité, et des pierres précieuses… » (I Rois V, 1-3).
Venant du lointain Yémen, la reine de Saba prit vraisemblablement la voie que suivirent jusqu'au XIXe siècle les grandes caravanes qui faisaient monter vers les échelles du Levant les luxueux produits de l'Orient.
Le mont Nébo et la mort de Moïse
« Moïse monta, des plaines de Moab, sur le mont Nébo… en face de Jéricho… Moïse, le serviteur de Yahvé mourut dans le pays de Moab selon l'ordre de Yahvé. Et il l'enterra… Mais aucun homme n'a connu son sépulcre jusqu'à ce jour. » (Deutéronome XXXIV.)
Si la tombe de Moïse est toujours inconnue, dès les premiers temps du christianisme, de saints moines ont voulu honorer ce prophète en élevant au sommet du mont Nébo un sanctuaire dédié à sa mort. En 1933 les Pères de la Custodie de Terre Sainte entreprirent les fouilles qui permirent le dégagement d'un vaste complexe monastique édifié autour de la grande basilique. Celle-ci, décorée de merveilleuses mosaïques, surplombant toute la région du Jourdain à la mer Morte, fait aujourd'hui encore l'étonnement et la joie des voyageurs comme elle avait déjà fait au début du Ve siècle celle de dame Etherie lors de son pèlerinage en Terre Sainte.
« Ainsi nous sommes arrivés au pied du mont Nébo ; il est très haut, toutefois on peut en monter la plus grande partie à dos d'âne. Parvenus au sommet de cette montagne, il y a maintenant une église, à l'endroit où se trouve l'ambon j'ai vu un emplacement un tout petit peu plus élevé dont les dimensions étaient celles qu'ont d'ordinaire les tombeaux. Alors j'ai demandé aux saints ce que c'était et ils m'ont répondu : « c'est ici que Moïse a été déposé par les anges, puisque comme il est écrit, « aucun homme ne connaît sa sépulture ». Ce sont les anciens qui ont demeuré ici qui nous ont montrés où il a été déposé et de même nous aussi nous vous le montrons et ces anciens eux-mêmes disaient qu'ils tenaient cette tradition de plus anciens qu'eux. » On a fait ensuite une prière, puis nous sommes sortis de l'église. Alors ceux qui connaissaient les lieux, prêtres et saints moines nous ont dit : « Si vous voulez voir les lieux dont il est parlé dans les livres de Moïse, venez dehors devant la porte de l'église et de ce sommet aussi loin du moins qu'on peut le voir d'ici, regardez attentivement. » De la porte de l'église, nous avons vu l'endroit où le Jourdain entre dans la mer Morte, et encore Jéricho au-delà du Jourdain… »
Le baptême du Christ
« Or il arriva en ces jours que Jésus vint de Nazareth en Galilée et qu'il fut baptisé dans le Jourdain par Jean » (Marc, I,9) Si saint Marc ne nous dit pas où se déroula cet épisode majeur de la vie du Christ, saint Jean au contraire nous précise : « Cela se passa à Béthanie, au-delà du Jourdain, où Jean baptisait. » (Jean I, 28). La mention « au-delà du Jourdain » indique que c'est bien sur le sol de l'actuelle Jordanie que se tenait le Précurseur. Dès le IIIe siècle, les communautés chrétiennes ont localisé Béthanie ou Bethara près du gué de Hajla en face de Jéricho.
Le martyre de saint Jean-Baptiste à Macheronte
Les évangélistes Marc et Matthieu qui relatent le martyre de saint Jean-Baptiste ne précisent pas le lieu où se déroula celui-ci : « Car Hérode lui-même avait envoyé arrêter Jean et l'avait envoyé en prison. » (Marc, VII, 17). C'est Flavius Josèphe qui, dans ses Antiquités juives, situe les lieux de l'emprisonnement du Précurseur : « Comme beaucoup de gens suivaient Jean-Baptiste pour écouter sa doctrine, Hérode craignant que le pouvoir qu'il aurait eu sur eux n'excitât quelques séditions, crut devoir prévenir ce mal. Pour cette raison il l'envoya prisonnier dans la forteresse de Macheronte. » (Antiquités juives, XVIII, 116) Cette localisation vient d'être réellement éclairée par diverses campagnes de fouilles réalisées par les franciscains sur le site de Macheronte. Quelle ne fut pas la surprise des fouilleurs d'y découvrir, non pas une forteresse comme le laissaient prévoir les ruines, mais les vestiges d'un luxueux palais où sans doute Hérode aimait venir se réfugier ! Une grande découverte faite par le père Corbo éclaire encore davantage le texte évangélique : « Un détail étrange mérite une mention particulière, la salle à manger du palais, le triclinium, présente un plan curieux. Plus exactement, dans le palais, il y avait deux salles à manger juxtaposées. Un recours aux sources littéraires juives de l'époque permet de conclure que l'une d'entre elles était réservée aux hommes et la seconde aux femmes. À la lumière de cette découverte archéologique, le texte de l'évangile de Marc acquiert plus de réalisme : la jeune fille entre pour danser, sort pour consulter sa mère, entre à nouveau pour présenter sa requête au roi. Aucun de ces verbes de mouvement n'est superflu. On a l'impression que ceux qui ont transmis le récit du martyre de Jean-Baptiste connaissaient l'endroit de sa mort. En tout cas il est impossible de réduire le texte à une composition littéraire dénuée de tout sens historique. » (F. Manns)
Miracle au pays des Geraseniens
« Et ils abordèrent au pays de Geranésiens, qui est en face de la Galilée. Comme ils descendaient à terre vint à sa rencontre un homme de la ville possédé des démons… Ayant vu Jésus, il poussa des cris, tomba à ses pieds et dit d'une voix forte : « Qu'y a-t-il entre moi et toi, Jésus, fils du Dieu très haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. Car il ordonnait à l'esprit impur de sortir de l'esprit de cet homme. Les démons sortirent de l'homme et entrèrent dans les porcs et le troupeau s'élança de l'escarpement dans le lac et fut noyé. Les pasteurs, ayant vu ce qu'il était arrivé, s'enfuirent et portèrent la nouvelle dans les villes et dans les villages. Et toute la population du territoire des Geranésiens lui demanda de s'éloigner d'eux parce qu'ils étaient saisis d'une grande crainte. » (Luc, VIII)
Les exégètes ont souvent interprété cet épisode de l'évangile comme l'expression de la volonté du Christ de ne pas réduire son apostolat au monde juif mais d'apporter la bonne nouvelle au monde entier, représenté ici par le monde gréco-oriental des villes de la Décapole dont Gerasa, l'actuelle Jerash, était l'une des plus importantes. Cet univers représentait pour les juifs, plus encore que celui des Samaritains peut être, le domaine de l'impureté et du paganisme.
Les chrétiens à Pella
En 66, lorsqu'éclata la première grande révolte juive contre les Romains, les membres de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem s'enfuirent et se réfugièrent à Pella, cité de la Décapole dont les vestiges se trouvent aujourd'hui en Jordanie. C'est Eusèbe de Césarée qui, le premier, livra cette information : « Le peuple de l'église de Jérusalem reçut, grâce à une prophétie transmise par révélation aux notables de l'endroit, l'ordre de quitter la ville avant la guerre et d'habiter une ville de Pérée, nommée Pella. Ce fut là que se transportèrent les fidèles du Christ après être sortis de Jérusalem, de telle sorte que les hommes saints abandonnèrent complètement la métropole royale des juifs et toute la terre de Judée. » (Histoire ecclésiastique III, 5)
La question reste entière de savoir pourquoi cette fuite. La réponse cependant paraît simple : depuis des années les judéo-chrétiens de Jérusalem étaient persécutés par leurs coreligionnaires et surtout, seule une petite partie des juifs, les Zélotes, s'étaient révoltés contre l'autorité romaine. Ces juifs qui ne voyaient l'avenir d'Israël qu'à travers la renaissance d'un état indépendant n'étaient pas suivis par la majorité du peuple et beaucoup les abandonnèrent. Le plus célèbre de ceux-ci fut Flavius Josèphe qui, d'abord à leur service, les abandonna bientôt pour servir… Vespasien, le chef de la répression romaine. Les Pharisiens aussi tentèrent de partir, bien que cela leur fût interdit par les Zélotes. On sait par la littérature rabbinique que le rabbin ben Zakkay dut, pour sortir, user d'un stratagème : il feignit d'être mort et demanda à ses disciples de transporter son cercueil hors des remparts. Une fois dehors, il obtint de Vespasien que les Romains lui donnent la ville de Jabné pour qu'il puisse « enseigner à ses disciples, instituer ses prières, et observer les commandements prescrits par la loi ». C'est autour de ce centre que renaîtra le judaïsme après la destruction du temple. On voit donc que l'exode des chrétiens à Pella, loin d'être exceptionnel, exprime le rejet de la révolte anti-romaine par un grand nombre d'habitants de la Palestine de cette époque.
Les chrétiens en Jordanie
L'origine du christianisme jordanien est bien antérieure à la fuite des chrétiens de Jérusalem à Pella puisque déjà le jour de la Pentecôte, lorsque les Apôtres se mirent à prêcher en langue étrangère, des Arabes eurent connaissance de la bonne nouvelle (actes II, 11). Pour la suite, on ignore à peu près tout du développement du christianisme en Transjordanie au cours des trois premiers siècles.
Après l'édit de Milan, de nombreux évêques venant de diverses régions du pays, tant des provinces d'Arabie que de Palestine, participèrent aux premiers grands conciles : Nicée, Constantinople, Éphèse et Chalcédoine. Par leur présence, ils attestent l'existence de communautés chrétiennes dont, par ailleurs, nous ne savons que peu de chose, si ce n'est qu'elles furent souvent traversées par des courants hétérodoxes.
La seule présence chrétienne organisée est celle qui est attestée à Gerasa, l'actuelle Jerash, au cours du IIIe siècle, où Epiphane parle du martyrium élevé au centre de la ville, prouvant ainsi l'existence d'une communauté chrétienne importante dans la cité traditionnellement consacrée à Artémis.
C'est surtout au Ve et au VIe siècles, que la christianisation atteignit son apogée. C'est à cette époque que s'édifièrent sur tout le territoire, des centaines d'églises et de couvents dont les vestiges sont souvent admirablement conservés : ensembles de mosaïques, de pavements, dont les plus célèbres proviennent de l'école des mosaïstes de Madaba. C'est autour de ce centre que se répartissent les plus belles réalisations : au mont Nebo, à l'église Saint-Lot-et-Saint-Procope et surtout à Madaba même, où fut mise au jour à la fin du siècle dernier l'étonnante carte du Proche-Orient réalisée à la fin du VIe siècle, qui fournit aux historiens des informations précieuses sur la géographie de cette région à l'époque byzantine.
Au VIe siècle, les églises de Transjordanie furent déchirées, comme toutes celles du Proche-Orient, par la querelle qui opposa orthodoxes et monophysites. Or, on sait par une lettre adressée à Jacques Baradée, le fondateur de l'Église monophysite, qu'il avait le soutien de cent quarante-sept monastères d'Arabie. Ce chiffre peut être exagéré montre l'ampleur qu'avait atteinte la diffusion du christianisme qui, vraisemblablement à l'aube du VIIe siècle, était devenu la religion du plus grand nombre, tant chez les sédentaires que chez les nomades de Transjordanie.
Si la conquête musulmane mit fin à l'époque byzantine, elle ne détruisit pas les communautés chrétiennes, même si elle les désorganisa d'une manière telle qu'il est rare après cette époque de trouver trace de communautés organisées autour de leur évêque et de son clergé.
Ce sont les vestiges de ces communautés que les croisés retrouvèrent au XIIe siècle parmi les Bédouins chrétiens d'Outre Jourdain qu'ils firent venir nombreux dans la région de Jérusalem. À la veille de la première guerre mondiale, les régions de Kérak et de Madaba étaient encore majoritairement chrétiennes bien que très divisées : orthodoxes pour une large part, et aussi melkites et latins. Le développement de la Jordanie contemporaine modifia la localisation des communautés chrétiennes qui, de nos jours, représentent encore 5 % de la population totale du pays, répartis pour la plupart dans l'agglomération d'Amman.
Posté le 03.02.2008 par charafantar

Copie du courrier adressé au Président algérien Monsieur Boutéflica,
par
M. André Savelli,
professeur agrégé
en histoire au Val de Grâce.
Monsieur le Président,
En brandissant l’injure du génocide de l’identité algérienne par la France, vous saviez bien que cette identité n’a jamais existé avant 1830.
Mr Ferrat Abbas et les premiers nationalistes avouaient l’avoir cherchée en vain.
Vous demandez maintenant repentance pour barbarie :vous inversez les rôles !
C’était le Maghreb ou l’Ifriqiya, de la Libye au Maroc. Les populations, d’origine phénicienne ( punique ), berbère ( numide ) et romaine, étaient, avant le VIIIème siècle, en grande partie chrétiennes ( 500 évêchés dont celui d’Hippone / Annaba, avec Saint Augustin ).
Ces régions agricoles étaient prospères.
Faut-il oublier que les Arabes, nomades venant du Moyen Orient, récemment islamisés, ont envahi le Maghreb et converti de force,« béçif » ( par l’épée ), toutes ces populations.
« Combattez vos ennemis dans la guerre entreprise pour la religion….Tuez vos ennemis partout où vous les trouverez » (Coran, sourate II, 186-7).
Ce motif religieux était élargi par celui de faire du butin, argent, pierreries, trésor, bétail, et aussi bétail humain, ramenant par troupeaux des centaines de milliers d’esclaves berbères ; ceci légitimé par le Coran comme récompense aux combattants de la guerre sainte (XLVIII, 19, 20).
Et après quelques siècles de domination arabe islamique, il ne restait plus rien de l’ère punico-romano-berbère si riche, que des ruines (Abder Rahman ibn Khaldoun el Hadram , Histoire des Berbères,T I, p.36-37, 40, 45-46. 1382).
Faut-il oublier aussi que les Turcs Ottomans ont envahi le Maghreb pendant trois siècles, maintenant les tribus arabes et berbères en semi esclavage, malgré la même religion, les laissant se battre entre elles et prélevant la dîme, sans rien construire en contre partie.
Faut-il oublier que ces Turcs ont développé la piraterie maritime, en utilisant leurs esclaves. Ces pirates barbaresques arraisonnaient tous les navires de commerce en Méditerranée, permettant, outre le butin, un trafic d’esclaves chrétiens, hommes, femmes et enfants.
Dans l’Alger des corsaires du XVI ème siècle, il y avait plus de 30.000 esclaves enchaînés.
D’où les tentatives de destruction de ces bases depuis Charles Quint, puis les bombardements anglais, hollandais et même américain…..
Les beys d’Alger et des autres villes se maintenaient par la ruse et la force, ainsi celui de Constantine, destitué à notre venue, [b]ayant avoué avoir fait trancher 12.000 têtes pendant son règne[b].
Faut-il oublier que l’esclavage existait en Afrique depuis des lustres et existe toujours.
Les familles aisées musulmanes avaient toutes leurs esclaves africains.
Les premiers esclavagistes, Monsieur le Président, étaient les négriers noirs eux-mêmes qui vendaient leurs frères aux Musulmans du Moyen Orient, aux Indes et en Afrique (du Nord surtout), des siècles avant l’apparition de la triangulaire avec les Amériques et les Antilles, ce qui n’excuse en rien cette dernière, même si les esclaves domestiques étaient souvent bien traités.
Faut-il oublier qu’en 1830, les Français sont venus à Alger détruire les repaires barbaresques ottomans qui pillaient la Méditerranée, libérer les esclaves et, finalement, affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées.
Faut-il oublier qu’en 1830, il y avait à peu près 5.000 Turcs, 100.000 Koulouglis, 350.000 Arabes et 400.000 Berbères dans cette région du Maghreb où n’avait jamais existé de pays organisé depuis les Romains.
Chaque tribu faisait sa loi et combattait les autres, ce que l’Empire Ottoman favorisait, divisant pour régner.
Faut-il oublier qu’en 1830 les populations étaient sous développées, soumises aux épidémies et au paludisme. Les talebs les plus évolués qui servaient de toubibs (les hakems), suivaient les recettes du grand savant « Bou Krat » (ou plutôt Hippocrate), vieilles de plus de 2.000 ans. La médecine avait quand même sérieusement évolué depuis !
Faut-il oublier qu’à l’inverse du génocide, ou plutôt du massacre arménien par les Turcs, du massacre amérindien par les Américains, du massacre aborigène par les Anglais et du massacre romano-berbère par les Arabes entre l’an 700 et 1500, la France a soigné, grâce à ses médecins (militaires au début puis civils) toutes les populations du Maghreb les amenant de moins d’un million en 1830 en Algérie, à dix millions en 1962.
Faut-il oublier que la France a respecté la langue arabe, l’imposant même au détriment du berbère, du tamashek et des autres dialectes, et a respecté la religion ( ce que n’avaient pas fait les Arabes, forçant les berbères chrétiens à [i]s’islamiser pour ne pas être tués[i], d’où le nom de « kabyle » - j’accepte).
Faut-il oublier qu’en 1962 la France a laissé en Algérie, malgré des fautes graves et des injustices, une population à la démographie galopante, souvent encore trop pauvre, - il manquait du temps pour passer du moyen âge au XXème siècle – mais en bonne santé, une agriculture redevenue riche grâce aux travaux des Jardins d’Essais, des usines, des barrages, des mines, du pétrole, du gaz, des ports, des aéroports, un réseau routier et ferré, des écoles, un Institut Pasteur, des hôpitaux et une université, la poste…
Il n’existait rien avant 1830. Cette mise en place d’une infrastructure durable, et le désarmement des tribus, a été capital pour l’Etat naissant de l’Algérie.
Faut-il oublier que les colons français ont asséché, entre autres, les marécages palustres de la Mitidja, y laissant de nombreux morts, pour en faire la plaine la plus fertile d’Algérie, un grenier à fruits et légumes, transformée, depuis leur départ, en zone de friche industrielle.
Faut-il oublier que la France a permis aux institutions de passer, progressivement, de l’état tribal à un Etat nation, et aux hommes de la sujétion à la citoyenneté en construction, de façon,il est vrai, insuffisamment rapide.
Le colonialisme, ou plutôt la colonisation a projeté le Maghreb, à travers l’Algérie, dans l’ère de la mondialisation.
Faut-il oublier qu’en 1962, un million d’européens ont dû quitter l’Algérie,
abandonnant leurs biens pour ne pas être assassinés ou, au mieux, de devenir des habitants de seconde zone, des dhimmis, méprisés et brimés, comme dans beaucoup de pays islamisés.
Il en est de même de quelques cent mille israélites dont nombre d’ancêtres s’étaient pourtant installés, là, 1000 ans avant que le premier arabe musulman ne s’y établisse.
Etait-ce une guerre d’indépendance ou encore de religion ?
Faut-il oublier qu’à notre départ en 1962, outre au moins 75.000 Harkis, sauva-gement assassinés, véritable crime contre l’humanité, et des milliers d’européens tués ou disparus, après ou avant, il est vrai, les excès de l’O.A .S., il y a eu plus de 200.000 tués dans le peuple algérien qui refusait un parti unique , beaucoup plus que pendant la guerre d’Algérie.
C’est cette guerre d’indépendance, avec ses cruautés et ses horreurs de part et d’autre, qui a fondé l’identité algérienne. Les hommes sont ainsi faits !
Monsieur le Président, vous savez que la France forme de bons médecins, comme de bons enseignants.
[i]Vous avez choisi, avec votre premier ministre, de vous faire soigner par mes confrères du Val de Grâce.[i]
L’un d’eux, Lucien Baudens, créa la première Ecole de médecine d’Alger[i] en 1832, insistant [i]pour y recevoir des élèves autochtones.
Ces rappels historiques vous inciteront, peut-être, Monsieur le Président, à reconnaître que la France vous a laissé un pays riche, qu’elle a su et pu forger, grâce au travail de toutes les populations, des plus pauvres aux plus aisées - ces dernières ayant souvent connu des débuts très précaires -.
La France a aussi créé son nom qui a remplacé celui de Barbarie.
Personne ne vous demandera de faire acte de repentance pour l’avoir laissé péricliter, mais comment expliquer que tant de vos sujets, tous les jours, quittent l’Algérie pour la France .
En fait, le passé, diabolisé, désinformé, n’est-il pas utilisé pour permettre la mainmise d’un groupe sur le territoire algérien ?
Je présente mes respects au Président de la République, car j’honore cette fonction.
Un citoyen français,
André Savelli,
Professeur agrégé du Val de Grâce
Posté le 29.01.2008 par charafantar

GEOPOLITIQUE
Qu'est-ce que le Hamas?
Faute de savoir à coup sûr où il va, le Hamas sait d'où il vient. Son nom, qui signifie zèle ou ferveur, est l'acronyme de Haraqat al-Muqawama al-Islamiya, Mouvement de la résistance islamique, fondé le 14 décembre 1987, soit cinq jours après le déclenchement de la première Intifada. La date de naissance n'a rien de fortuit: il s'agit pour ses parrains de «coller» à un soulèvement dont la soudaineté prend tout le monde à revers, y compris les caciques nationalistes de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), alors exilés à Tunis. L'éruption de la «guerre des pierres» hâte la mue d'un courant piétiste qui, loin de croiser le fer avec l'occupant israélien, borna longtemps son action à la prédication et aux œuvres sociales. Logique: le Hamas apparaît comme l'héritier du chapitre palestinien des Frères musulmans, confrérie fondée dans les années 1920 en Egypte par Hassan al-Banna et qui mise sur l'islamisation des sociétés arabes «par la base», condition préalable à l'accession au pouvoir. C'est d'ailleurs au Caire qu'un étudiant nommé Ahmed Yassine, futur guide spirituel du mouvement, rallie la nébuleuse des «Frères». En 1971, à son retour dans la bande de Gaza, occupée par Israël depuis la guerre des Six Jours (juin 1967) après une longue tutelle égyptienne, il fonde le Rassemblement islamique, puis, onze ans plus tard, le Majd el-Moudjahiddin (Gloire des combattants), dont l'émergence annonce un durcissement du combat pour la conversion et la patrie. Ses activistes s'écharpent volontiers avec les «laïcards» du Fatah de Yasser Arafat et peuvent fort bien donner l'assaut au siège du Croissant-Rouge palestinien pour en déloger le président, Haïdar Abdel Chafi, réputé procommuniste. Ironie de l'histoire: promu porte-parole de la délégation jordano-palestinienne lors de la conférence de Madrid (1991), celui-ci fustigera, des décennies plus tard, l' «ostracisme» d'Arafat envers les islamistes.
Bientôt, le quiétisme des anciens s'incline devant l'appel du Djihad, reflet d'une vision islamo-nationaliste qui s'assigne une mission de reconquête territoriale: celle de «toute la Palestine», entre le Jourdain et les rives de la Méditerranée. Un signe: créées dès 1989, les brigades (kataeb) Ezzedine al-Kassam doivent leur nom à un héros de la révolte arabe de 1936, fauché par les balles des soldats de la puissance mandataire, la Grande-Bretagne. Le premier fait d'armes de l'aile armée du Hamas? L'enlèvement et l'assassinat de deux soldats israéliens en 1992.
Très vite, les brigades délaissent les raids et embuscades ciblés, dirigés contre les hommes de Tsahal et les colons juifs, pour s'enfoncer, avec la bénédiction du cheikh tétraplégique Ahmed Yassine, dans la spirale infernale du terrorisme aveugle. «Simples ripostes aux tueries des sionistes», arguent ses disciples. Plus tard viendra le temps des volées de roquettes artisanales Kassam, confectionnées dans des ateliers clandestins et lâchées sur des localités de l'Etat hébreu voisines de Gaza.
Le premier attentat suicide revendiqué sera perpétré en 1994 dans un bus d'Afula, quarante jours après le massacre, par le colon fanatique Baruch Goldstein, de 29 fidèles musulmans en prière dans la mosquée d'Hébron (Cisjordanie). Depuis, les kamikazes du Hamas ont causé la mort de près de 400 civils israéliens. L'efficacité meurtrière des brigades doit beaucoup à leur modus operandi: des cellules restreintes, cloisonnées, autonomes, qui frappent en fonction d'instructions assez évasives pour leur laisser le choix de la cible, du moment, des «martyrs» et de l'engin de mort.
Le raz de marée vert du 25 janvier a surpris par son ampleur. Reste que les élections municipales antérieures, étalées sur douze mois à compter de décembre 2004, avaient annoncé la couleur. Au prix parfois d'alliances inattendues - ici un notable en rupture de ban, là une chrétienne - le Hamas a partout taillé des croupières à la vieille garde du Fatah. Deux Palestiniens sur cinq vivent aujourd'hui dans des villes ou des villages administrés par les «Frères». C'est bien le dénouement de ces scrutins locaux, reflet d'un enracinement robuste, qui a convaincu le Hamas de descendre dans l'arène législative, rompant ainsi avec la doctrine qui récusait toutes les institutions nées d'Oslo. Les ressorts de la percée ont été amplement décryptés. Maints électeurs ont avant tout voulu sortir les sortants, châtier une Autorité qui en détenait d'autant moins que le décès de Yasser Arafat, le 11 novembre 2004, l'avait privée de l'aura du patriarche. L'icône n'est plus là pour apaiser la colère que suscitent la corruption, l'incurie, le clientélisme, le mépris des humbles, la brutalité de services de sécurité intouchables ou l'anarchie croissante dans une bande de Gaza livrée aux gangs rivaux. Mais il y eut pire: l'impuissance du président Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, et des siens face au fardeau de la misère et du chômage, leur incapacité à arracher à Israël des concessions, donc à hâter par la négociation l'avènement d'un Etat de Palestine digne de ce nom.
Par contraste, le Hamas cueille les fruits, mûris des décennies durant, de son quadrillage caritatif et social. Dispensaires, cliniques, crèches, écoles, soutien scolaire, cours du soir, ateliers informatiques, clubs sportifs, camps d'été: du berceau au linceul, il s'est engouffré dans les brèches d'une Autorité laminée par l'occupation. Combien de déshérités, las de se voir éconduits par des bureaucrates dédaigneux, ont trouvé chez les «Frères» une écoute, un pécule, des soins ou des vivres? Probité, efficacité, intransigeance: voilà le credo de militants certes intègres, mais nullement désintéressés. Sur fond de statu quo désespérant, voire de régression, le radicalisme du Hamas, cet Etat dans le non-Etat, lui a aussi valu maints ralliements. Les accords et les palabres ne mènent nulle part; face à l' «ennemi sioniste», seule la lutte armée paie... La propagande maison attribue ainsi le démantèlement des colonies juives de la bande de Gaza et le retrait unilatéral de Tsahal, achevé en septembre 2005, à l'héroïque abnégation de la résistance.
Quelle marge de manœuvre?
Mû par la foi, le dépit ou la rage, l'électorat du Hamas n'est nullement homogène. Le futur chahid - martyr - y côtoie l'étudiante démocrate écœurée par l'arrogance ou la cupidité des barons du Fatah. Le vieux paysan traditionaliste y croise l'électronicien diplômé réduit au chômage faute de piston et qui voit dans la mosquée un refuge. Seul le noyau dur des fidèles appelle de ses vœux l'instauration d'une théocratie rigoriste. Déjà, on sent poindre chez les adeptes du vote sanction une angoisse. «Je n'ai pas plus envie d'un émirat islamique que d'une dictature corrompue», confie l'un d'eux. Et si le parlement ordonnait demain à toutes les «sœurs» le port du hidjab, le foulard islamique que les mairies Hamas s'abstiennent pour l'heure d'imposer? S'il légalisait la polygamie? S'il bannissait la musique profane, le cinéma et le théâtre, arts futiles? S'il repeignait en vert les programmes scolaires? S'il étendait aux non-musulmans l'interdit de l'alcool? S'il faisait de la charia - la loi coranique - la source essentielle du droit? Certes, les leaders du mouvement ne font pas mystère de leur volonté de purifier la société palestinienne de ses «déviances». Mais on les voit mal dégainer d'emblée les cimeterres du djihad moral, au risque de s'aliéner des élites peu enclines à l'ascétisme. Les «sœurs» éprises de liberté ont toutefois du souci à se faire: lancée le 9 janvier, Al-Aqsa TV, chaîne pour le moins militante, n'emploie pour l'heure que des journalistes mâles, dans l'attente de la construction d'un studio réservé aux consœurs. Le Hamas n'a pas le monopole de la bigoterie? Soit. Mais le maire islamiste de Kalkilya a censuré, voilà peu, un spectacle de danse; il n'y a plus une salle de cinéma à Gaza, des charges explosives y ont pulvérisé récemment un club des Nations unies, ultime refuge des buveurs de bière et de scotch; des miliciens de la vertu traquent les couples illégitimes sur les plages de la bande et des incendies providentiels dévastent les cybercafés.
Le nerf de la guerre est aussi celui de la guerre sainte. D'où vient l'argent qui huile les rouages de la machine? Les largesses de l'Irakien Saddam Hussein, dictateur déchu, n'ont plus cours: lui versait 25 000 dollars aux familles des kamikazes. De même, en inscrivant le Hamas sur la liste des organisations terroristes, Washington puis l'Union européenne ont tari quelques circuits bancaires et gelé plus d'un compte suspect. Enfin, les bouclages répétés des territoires palestiniens assèchent le flux de cash alimenté par les salaires perçus en Israël. Mais les caisses du mouvement ne sonnent pas creux pour autant. L'Iran, la Syrie ou l'Arabie saoudite les garnissent par le truchement de fondations ou de donateurs prétendument privés. Et des Palestiniens plus ou moins fortunés font l'appoint, aidés en cela par les cousins de la diaspora, qu'ils soient établis en Jordanie, au Liban ou en Occident.
«L'islam est la solution!» Le slogan électrise les foules, mais résiste mal à l'épreuve du réel. Les versets du Coran n'arracheront pas les deux tiers du 1,3 million de Gaziotes au dénuement dans lequel ils végètent, pas plus qu'ils ne saperont le «mur de séparation» qui encage les Palestiniens de Cisjordanie. Et les cerveaux du Hamas le savent. Voilà pourquoi, conscients du pouvoir d'érosion de la gestion quotidienne, ils tentent d'embarquer le Fatah dans le rafiot dont ils tiennent désormais la barre. Que faire, en solitaire, d'un triomphe trop massif et trop précoce?
Là encore, il serait hasardeux de réduire le Hamas à un appareil monolithique et unanimiste. Des divergences de fond ont souvent opposé la direction politique en exil, établie en Jordanie puis à Damas (Syrie), aux cadres de l'intérieur. Au risque du simplisme, on peut distinguer une mouvance «modérée», disposée à transiger sur les dogmes, et un courant jusqu'au-boutiste, qu'incarnent notamment les stratèges militaires d'Ezzedine al- Kassam. En dépit du recours récurrent au terrorisme, considéré comme un impératif tactique, la première tend à prévaloir. Quand il souscrit à une hudna - trêve des attentats - ou à une tahdia - période d'accalmie - le Hamas s'y tient, à la différence des Brigades des martyrs d'al-Aqsa, nébuleuse de gangs armés issue du Fatah. Si la dernière hudna en date a pris fin voilà un mois, sa reconduction tacite paraît acquise. Discipliné, le mouvement n'a en rien entravé le «désengagement» israélien de Gaza et s'est abstenu de riposter aux provocations de Mohammed Dahlan, super- flic du Fatah résolu à torpiller les élections. Quand, à la veille du scrutin, un porte-flingue de Dahlan abat un colleur d'affiches du Hamas, le mouvement ne bronche pas, mais adresse au caïd ce message: «Si tu parviens à tes fins, on te le fera payer très cher.» Hier blasphématoire, le principe d'une négociation, directe ou indirecte, avec Israël est admis. Il en va de même pour les contours du futur - et hypothétique - Etat palestinien. Bien sûr, il convient de jurer qu'on ne «renoncera jamais à la lutte armée ni à un arpent de la Palestine islamique». Mais, au-delà des incantations, le défunt cheikh Ahmed Yassine avait théorisé le compromis territorial, validé par l'OLP dès 1974: il est licite d'accepter, à ce stade, l'établissement à côté d'Israël d'une Palestine souveraine limitée à la bande de Gaza et à la Cisjordanie, avec Jérusalem pour capitale, et de laisser aux «générations futures» le soin de trancher. Le lexique islamiste recèle en la matière des trésors d'inventivité: on évoque une reconquête par «phases» ou par «étapes»; une «trêve de longue durée», au terme indéfini, devient envisageable dès lors qu'Israël libère les prisonniers et avalise le droit au retour des réfugiés. C'est ainsi qu'il faut entendre le fameux «pragmatisme» - concept fourre-tout - du Hamas: une aptitude rare, et très coranique, à louvoyer entre les écueils sans renier le cap. Si son royaume est bien de ce monde, son rapport au temps le distingue de ses rivaux laïques. Le calendrier importe peu. Seul compte le dénouement.
Les héritiers de cheikh Yassine font preuve d'un sens aigu de la realpolitik. Soucieux de polir leur image à l'étranger, ils ont sollicité - pour 150 000 euros - l'expertise d'un conseiller en communication. Verdict du spin doctor local: abstenez-vous de prôner la destruction d'Israël, de professer la haine des juifs, de célébrer les attentats suicides et de roussir vos barbes au henné.
Quel avenir pour le Fatah?
Sur la planète centrale de la galaxie OLP, les vendanges d'hiver auront été amères. La débâcle du 25 janvier sonne le glas d'un quasi-monopole. Elle jette aussi une lumière crue sur de profondes fissures que Yasser Arafat avait, de son vivant, tout à la fois creusées et masquées. Pour preuve, les manifestations hostiles à Mahmoud Abbas et à la direction du Fatah qui ont éclaté, dès le lendemain du fiasco électoral, dans les camps de réfugiés de Gaza, à Ramallah et sous les fenêtres du président de l'Autorité. Le message était double et limpide. Primo, les pontes du parti, indignes de l'héritage de l'idole au keffieh, doivent s'effacer. Secundo, pas question de pactiser avec les ennemis du Hamas au sein d'un gouvernement d'union nationale. Sur ce point au moins, les foules furieuses et les caciques vacillants s'accordent. Le comité central du Fatah exclut pour l'heure de donner corps au «partenariat politique» offert par le Hamas, condamnant celui-ci à envisager un cabinet de «technocrates». Vous avez gagné? Débrouillez-vous! Certes, les accords de paix furent signés par l'OLP et la «politique extérieure» de l'Autorité - en clair, le bras de fer avec Israël - relève des prérogatives du raïs Abbas, résolu à assumer son mandat jusqu'au bout (2009) et à «poursuivre dans la voie d'un règlement pacifique et négocié». Nul doute que les nouveaux maîtres du parlement lui laisseront volontiers les rênes d'un dialogue que leur pedigree leur interdit d'assumer. En revanche, Abou Mazen aura du mal à convaincre sa base, révoltée, de la nécessité de perpétuer un jeu de dupes dont l'échec a, selon elle, coûté si cher dans les urnes.
Les accrochages armés survenus à Khan Younes, dans la nuit du 27 au 28 janvier (neuf blessés) l'attestent: l'appareil du Fatah peine à digérer sa déroute. Et l'on voit mal les chefaillons des services de sécurité ou les Martyrs d'al-Aqsa se mettre docilement au service d'un cabinet Hamas. D'autant que les empoignades passées ont laissé des traces. Contraint de sévir par Israël, Washington ou son instinct de survie, Arafat, jadis compagnon de route des Frères musulmans égyptiens, a parfois muselé rudement ses procureurs islamistes. Certains n'ont d'ailleurs quitté les «geôles sionistes» que pour croupir dans les cachots de l'Autorité. «Celle-ci a fait de son mieux pour anéantir le Hamas et le Djihad islamique», confiait à L'Express Mahmoud Zahar, bras droit d'Ahmed Yassine, après les rafles massives et théâtrales de 1996. Etait-ce pour la galerie? Le vieux cheikh en fauteuil roulant sera placé lui-même à trois reprises en résidence surveillée. Aujourd'hui, le chef d'état-major de Tsahal, Dan Haloutz, redoute une guerre ouverte entre les vaincus et leurs tombeurs.
Lors de son «mercredi noir», le Fatah a avant tout payé cash des divisions que la fusion, in extremis, de deux listes rivales, l'une officielle, l'autre dissidente, n'a nullement effacées. De même, le prestige de Marwan Barghouti, figure de proue détenue en Israël, n'aura pas suffi à endiguer la marée verte (lire l'article Barghouti, de l'isolement à l'isoloir).
Que peut faire Israël?
L'Etat hébreu a semblé, lui aussi, pris au dépourvu par la razzia législative du Hamas. Ce n'est que le 2 janvier, trois semaines avant le scrutin, qu'une équipe d'experts du Shin Bet (Sécurité intérieure), des renseignements militaires et des Affaires étrangères, animée par Dov Weissglass, confident d'Ariel Sharon, a entrepris de plancher sur un tel scénario. Depuis le séisme, le Premier ministre par intérim, Ehud Olmert, s'en tient à ce mantra: Israël ne négocie pas avec un pouvoir dont une composante appelle à sa destruction et recourt à la terreur armée. Le Hamas doit donc neutraliser ses miliciens, expurger sa charte et s'engager à respecter les accords antérieurs à son irruption. Quant à ses députés, qu'ils n'espèrent pas la moindre immunité… Les faits, bien entendu, démentent le discours. Les contacts noués à l'échelon local n'ont pas été rompus. En Cisjordanie, l' «administration civile» de Tsahal discute des dossiers techniques avec les édiles estampillés Hamas, dès lors qu'ils ne sont pas recherchés pour terrorisme. On débat avec la mairie de Kalkiliya de la préservation d'une nappe phréatique que partage la ville israélienne de Kfar Saba. Pas question de couper ou de restreindre la fourniture d'eau ou d'électricité. Même si Israël annonce le gel du remboursement à l'Autorité des taxes douanières prélevées ce mois de janvier sur les biens importés à Gaza et en Cisjordanie.
Sur le registre politique, les premiers échanges datent… des années 1970. Prêt à tout pour saper l'assise de l'OLP, l'Etat juif avait alors favorisé l'émergence d'un courant fondamentaliste dont l'apolitisme apparent rassurait. Au point de donner son agrément au Rassemblement islamique d'Ahmed Yassine ou de lui fournir des locaux. Plus tard, des messages, certes sans lendemain, circuleront entre Mahmoud Zahar et Shimon Peres, alors chef de la diplomatie israélienne, puis Itzhak Rabin. Dès 1993, des ambassadeurs européens en poste à Amman jouent un rôle discret d'entremetteurs, tandis qu'un officiel américain de rang moyen y rencontre des émissaires du cheikh Yassine. Professeur à l'Université islamique de Gaza, vivier de l'élite du Hamas, Salah Bardawi affirme avoir rencontré, voilà trois mois, un émissaire du Britannique Tony Blair, venu le sonder clandestinement.
Ismaïl Haniyeh
43 ans, placé à la tête de la liste «Changement et réforme». Ancien directeur de cabinet d'Ahmed Yassine, il a notamment joué un rôle clef dans l'adhésion du Hamas à la hudna - trêve des attentats - conclue en février 2005 et vit dans une modeste maison du camp de réfugiés de Chatti (bande de Gaza). Réputé «modéré», non dénué d'humour, ouvert à la critique, Haniyeh soutient néanmoins que l'on peut siéger au Conseil législatif palestinien sans abandonner pour autant la lutte armée. Populaire dans les rangs du Fatah.
Depuis l'éruption de l'Intifada d'Al-Aqsa, à l'automne 2000, l'intransigeance d'Israël a renforcé l'emprise du mouvement sur les territoires occupés. Rien de tel, pour élargir l'audience des fossoyeurs d'un «processus de paix» moribond, que de miner l'Autorité conçue à Oslo et de récuser son président d'alors, reclus dans les ruines du QG de Ramallah. Les bouclages, l'essor des colonies juives, les incursions punitives lancées au lendemain d'attentats suicides atroces ou de tirs de roquettes Kassam... Autant de coups de boutoir qui valident, aux yeux de maints Palestiniens, le nihilisme des Frères. Quant aux assassinats plus ou moins «ciblés», souvent décidés en représailles aux carnages des bombes humaines, ils ont sans nul doute ébranlé le Hamas, mais aussi décuplé l'aura des leaders visés, rescapés ou non, hâté l'avancement des boutefeux et suscité des centaines de vocations de chahid. En août 2003, on «liquide» ainsi Ismaïl Abou Shanab, n° 3 du Hamas et avocat de la coexistence avec Israël. Suivront Ahmed Yassine, foudroyé le 22 mars 2004 par le missile d'un hélicoptère d'attaque. Puis, moins d'un mois plus tard, son successeur, Abdelaziz al-Rantissi. Ultime évidence: en affichant à l'heure du vote leur préférence pour le Fatah, Israël et son parrain américain ont contribué à sceller sa défaite.
Un scrutin législatif peut en cacher un autre. Le verdict du 25 janvier pèsera lourd sur celui du 28 mars, date du renouvellement anticipé de la Knesset, le Parlement israélien. Propice à la surenchère, il obscurcit l'horizon de Kadima, le parti centriste créé ex nihilo par Ariel Sharon en novembre 2005, et desserre le garrot qui étranglait un Likoud réduit par les défections à son aile la plus droitière. Ravi de l'aubaine, le patron de ce néo-Likoud, Benyamin Netanyahu, s'est empressé de brandir le spectre du «Hamastan, succursale iranienne et clone des taliban afghans, rançon des errements défaitistes» de l'équipe Sharon. Laquelle, longtemps hésitante, n'a guère brillé par sa cohérence: peut-on avaliser l'irruption du Hamas sur le terrain électoral et lui dénier, dès lors qu'il l'emporte, le droit de gouverner? Les faucons misent donc sur l'islamisme radical, allié objectif, pour prendre leur envol. En 1996, le même Netanyahu avait soufflé la victoire à Shimon Peres au lendemain d'une vague d'attentats sanglants, déclenchée pour venger la liquidation au téléphone piégé de l' «ingénieur» Yehia Ayache, artificier en chef du Hamas. Cinq ans plus tard, Sharon détrônera le travailliste sortant, Ehud Barak, sur fond d'Intifada à balles réelles. Quel que soit le visage de la prochaine Knesset, la poussée islamiste aura renforcé, y compris à gauche, les partisans de l'unilatéralisme: faute de partenaire acceptable, agissons selon nos intérêts. Il faudra pourtant bien tenir compte de l'opinion. Selon un sondage publié dès le 27 janvier par le quotidien Yediot Aharonot, 48% des Israéliens préconisent la poursuite du dialogue avec une Autorité aux couleurs du Hamas.
Quel impact dans le monde arabo-musulman?
L'onde de choc a d'abord touché l'Egypte, près de deux mois après la percée historique des Frères musulmans, mouvement interdit mais toléré, titulaire désormais de 88 des 444 sièges du Parlement. Envolée d'autant plus significative que les stratèges maison avaient pris soin de ne parrainer qu'un nombre limité de candidats. Le président, Hosni Moubarak, craint sans le dire que Washington et l'Union européenne n'établissent un dialogue avec le Hamas. Comment, dès lors, les dissuader de faire de même avec les Frères d'Egypte? Réélu en septembre 2005, Moubarak, qui tient à préserver son statut de médiateur régional, a déjà invité les héritiers du cheikh Yassine à se rendre au Caire, où Khaled Mechaal, patron de la direction politique en exil, séjourna maintes fois à la faveur de «discussions interpalestiniennes» visant à instaurer une trêve des attentats. Les analystes des bords du Nil prédisent que la victoire du Hamas, reflet de l' «exaspération croissante» des opinions arabes envers des régimes sclérosés et corrompus, «bouleversera la donne de l'islam politique». Irak, Arabie saoudite, Egypte, Palestine: là où se tiennent des élections dignes de ce nom, avance un analyste du quotidien cairote Al-Ahram, les islamistes apparaissent comme la seule solution de rechange au pouvoir en place. «Il n'y a plus de troisième voie, qu'elle soit socialiste, nationaliste panarabe ou libérale.» Mentors du Hamas comme du Hezbollah libanais, l'Iran et la Syrie ont certes tout lieu de se réjouir. Reste que Damas, où la coterie alaouite que dirige Bachar el-Assad joue sa survie, paraît condamné à la retenue. L'Iran? Le président Mahmoud Ahmadinejad, disciple zélé de l'imam Khomeini, prétend ranimer l'idéal initial de la république islamique: l'exportation de la révolution. Mais un tel rêve se heurte en Palestine à divers obstacles: l'autonomie des «protégés» palestiniens, la méfiance des Arabes sunnites à l'égard du chiisme persan et les réticences d'une société ouverte et pluraliste vis-à-vis d'un modèle théocratique dont l'insuccès en Iran même est patent.
Que devient le «Great Middle East» cher à George Bush?
En commentant les nouvelles sombres de Palestine dans la minuscule salle de presse de la Maison-Blanche, Bush a arboré sa mine des mauvais jours, ressassant avec entêtement son credo des democratic elections: «C'est un réveil pour le Fatah. Lorsque vous donnez à des gens l'occasion de s'exprimer par le vote et qu'ils sont mécontents du statu quo, ils vous le font savoir. Il y a quelque chose de sain dans un système qui vous permet de faire cela.» La suite de ses propos a donné un avant-goût du casse-tête politico-diplomatique à venir. Ses mises en garde contre des «partis politiques qui veulent détruire [son] allié, Israël», son souhait de voir retiré un tel objectif de leur programme ont moins sonné comme un ultimatum que comme un vœu pieux ou une supplique humiliante. Ils résument, aux yeux des réalistes, le piège dans lequel son administration devra dorénavant se débattre: rejeter le résultat des élections reviendrait à nier le credo de la démocratie pour tous; transiger avec le gouvernement du Hamas signifierait renoncer à sa croisade antiterroriste mondiale. Un dilemme qui, selon Leslie Gelb et le cortège des détracteurs du néoconservatisme, ouvre une nouvelle période «de confusion et d'hypocrisie» de la politique étrangère américaine.
Khaled Mechaal
48 ans, tenu pour le chef de file du clan des durs. Cofondateur du Hamas, il en anime la direction politique établie à Damas. Lui-même vit entre la Syrie, le Liban et le Qatar. En septembre 1997, dans une rue d'Amman (Jordanie), deux agents du Mossad israélien injectent à Mechaal un poison mortel. Furieux, le roi Hussein somme Ariel Sharon, alors ministre du Commerce et de l'Industrie, de fournir l'antidote en échange du rapatriement du tandem d'exécuteurs. Autre rançon du fiasco: la libération du cheikh Yassine, condamné par Israël à la prison à vie en 1989.
Leslie Gelb est le président du prestigieux think tank Council on Foreign Relations de New York, ancien ponte du département de la Défense sous Johnson et chroniqueur respecté des stratégies internationales américaines. Il appartient à la mouvance «réaliste» des analystes de politique étrangère. Il prône, comme en son temps Bush père, le maintien des grands équilibres politiques régionaux et une réforme prudente et graduelle des régimes du Moyen-Orient, critiquant franchement la «croisade de liberté» entreprise par les néoconservateurs américains et l'administration Bush. Cette fois, les débats n'ont plus cours: «Vous saviez bien, vous-même, que le Fatah était pourri jusqu'à l'os et provoquait depuis des années la rage de son peuple, grince Leslie Gelb. Tout le monde le savait! Sauf, semble-t-il, l'administration Bush, qui, alors qu'elle en avait les moyens, n'a jamais exercé sur l'Autorité palestinienne de pressions suffisantes pour que cette dernière fournisse à sa population un minimum de confort.» D'où un constat amer: «Il est dangereux, poursuit-il, de promouvoir des élections démocratiques dans un lieu où la démocratie n'existe pas, où aucune politique à long terme n'a préparé les terrains politique, économique et institutionnel. Au con